Jours du dépassement et du dérèglement

Publié le par TT

Désormais on entendra parler de deux indicateurs étroitement liés à notre empreinte carbone : le jour du dépassement et le jour du dérèglement. Le 1er,  un indicateur de l’empreinte écologique humaine globale sur Terre. C’est le moment où l’Homme prélève davantage de ressources que ce que la planète produit en une année. Le 2ème en revanche se concentre exclusivement sur le climat, à savoir les émissions carbone


1) Le jour du dépassement

a) Définition

C'est la date où les habitants de la terre ont consommé la totalité des ressources que la terre est en mesure de renouveler en un an. C'est un concept simple que les scientifiques ont mis au point pour vérifier si la consommation n'excédait pas la production des ressources.
Passé cette date, calculée chaque année par l'ONG américaine Global Footprint Network, l’humanité puiserait donc de manière irréversible dans les réserves naturelles de la Terre (ressources non renouvelables à l'échelle de temps humaine).

b) Les jours de dépassements entre 1971 et 2018

En 2018, le jour du dépassement au niveau mondial était fixé au 1er aout. A cette date, nous avons consommé depuis le 1er janvier 2018, plus que ce que notre terre ne peut créer dans l'année. En sept mois, nous aurons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres et consommé plus d’eau que ce que la nature ne peut nous procurer au cours d'une année.
Nos émissions de gaz à effet de serre auront été plus importantes que ce que nos océans et nos forêts ne peuvent absorber. La séquestration du carbone représente 60% de la demande humaine sur la nature.

1971 : 24/12 1975 : 3/12 1980: 10/11 1985: 10/11 1990: 18/10
1995 : 8/10 2000 : 28/09 2005 : 29/08 2010: 13/08 2018: 1/08
c) Le jour de dépassement en 2019

« En seulement 7 mois, l’humanité a émis plus de carbone que ce que les océans et les forêts sont en mesure d’absorber chaque année, pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, fait plus de récoltes que ce que la Terre peut nous procurer en un an », résume dans un communiqué de presse le WWF France. Bien que le rythme ait ralenti, celui-ci avance inéluctablement chaque année : nous creusions notre dette écologique mondiale à partir du 29 décembre seulement en 1970, le 18 octobre en 1990 et à partir du 1er août en 2018.
Le coût de cette dette est tristement connu : réchauffement climatique, extinction massive de la biodiversité, du ciel aux océans, destruction des sols… Les êtres humains consomment chaque année l’équivalent de 1,7 planète Terre. Et si tout le monde consommait comme les Français ( jour du dépassement , le 5 mai en 2018) , il nous faudrait même 2,8 planètes pour vivre durablement.

Le jour du dépassement en 2019 était le 29 juillet 

d) Jour du dépassement 2020 : une amélioration significative

La date qui marque le jour où l’humanité a consommé toutes les ressources que les écosystèmes peuvent produire en une année devrait tomber le 22 août
Ce recul, qui constitue un « renversement historique » par rapport à la tendance à long terme d’augmentation de l’empreinte écologique mondiale, s’explique par les mesures de confinement qui ont été mises en place à travers le monde en réponse à la pandémie de Covid-19.
« Cela montre que des changements importants et rapides sont possibles. Mais cette réduction de notre empreinte écologique est imposée et non voulue, et comme elle ne s’accompagne pas d’un changement systémique dans nos modes de production et de consommation, elle ne va pas durer »
Résultats du jour du dépassement en 2020

e) Jour du dépassement 2021 : l'effet pandémie a été de courte durée

Après avoir été momentanément repoussé en 2020 du fait du recul de la consommation lié aux restrictions imposées par la Covid-19, cette année, le Jour du Dépassement est presque revenu aussi tôt qu’en 2019. En cause, deux principaux facteurs : l’augmentation de notre empreinte carbone (+6,6 % par rapport à 2020) et la diminution de la biocapacité forestière mondiale. La capacité des forêts à produire des ressources naturelles et à stocker le carbone a, en effet, baissé de 0,5 %. Le pic de déforestation enregistré en Amazonie ces derniers mois en est clairement responsable. Rien qu’au Brésil, 1,1 million d’hectares de forêts ont été détruits en 2020, un record depuis 2008.

f) Les jours de dépassements par pays (en 2020)

En 2020, les jours de dépassements prévus pour les pays les plus concernés.
La France est donc le 9ème pays de la planète qui consomme plus que ce qu'elle reçoit de la planète.

pays nbre de planètes consommées jour de dépassement
Qatar 9 planètes 11 février
Etats Unis 5 14 mars
Canada 5 18 mars
Australie 4 30 mars
Suède 4 2 avril
Pays Bas 3.2 3 mai
Russie 3.2 25 avril
Allemagne 3 1er mai
France 2.7 14 mai
Royaume uni 2.7 16 mai
Japon 2.7 12 mai
Suisse 2.7 8 mai
Italie 2.7 14 mai

g) Focus sur le  jour de dépassement de la France

La France entre en déficit écologique chaque année trop tôt depuis des décennies, creusant ainsi sa dette écologique et empruntant aux autres pays leurs ressources naturelles. Les conséquences d’un tel endettement conduisent notamment à la déforestation, à la chute des stocks de poissons, aux sécheresses, au manque d’eau, à l’érosion des sols, à la perte de biodiversité et au changement climatique.
L’empreinte écologique est calculée en additionnant les surfaces biologiquement productives qui permettent de satisfaire la demande, y compris les terres produisant les aliments, les fibres et le bois consommés par une population donnée, les zones occupées par son infrastructure urbaine et les espaces naturels nécessaires pour absorber ses déchets, en particulier le dioxyde de carbone provenant de la combustion des énergies fossiles. Six catégories d'empreintes :

L'empreinte culture désigne la demande en terres nécessaires à la production de l’alimentation et des fibres destinées à la consommation humaine, des aliments pour animaux, des oléagineux et du caoutchouc. 20%
L'empreinte pâturages désigne la demande en prairies nécessaires à l’élevage du bétail procurant la viande, le lait, le cuir et les produits laineux. 5%
L'empreinte zones de pêches

désigne la demande en écosystèmes aquatiques marins et  intérieurs nécessaires à l’obtention de la production primaire annuelle (à savoir, le phytoplancton) assurant les prises de  produits marins et dulcicoles.

4%
L'empreinte produits forestiers

désigne la demande en forêts fournissant le bois de chauffage, la pâte  à papier et les produits dérivés du bois.

11%
L'empreinte espaces bâtis désigne les zones biologiquement productives recouvertes par  les infrastructures -- notamment les transports, les logements  et les structures industrielles. 4%
L'empreinte carbone désigne les émissions de carbone issues de la combustion des énergies fossiles et de la production de ciment. Elle est évaluée en termes de surfaces forestières nécessaires pour séquestrer durablement le carbone qui n’est pas absorbé par les océans. 56%

h) Les solutions

Deux tiers de l’empreinte écologique d’un Français provient des déplacements, des dépenses d’énergie de son logement et de son alimentation. Dans tous ces domaines, les solutions pour diminuer fortement notre empreinte sont connues et disponibles ! Nous savons aujourd’hui comment faire autrement : nous savons produire notre alimentation de manière biologique, nous savons faire des énergies renouvelables au prix des énergies fossiles, nous savons faire des trottinettes,  des vélos, des scooters, des bus, des trams et des voitures, bientôt autonomes, électriques, nous savons faire des maisons à énergie positive. Et cela ne coûte pas  plus cher. Le WWF France a montré par exemple qu’un ménage de deux adultes et deux enfants pouvait diminuer de 38 % les émissions de CO2 de son alimentation sans dépenser un euro de plus.

Alimentation:
=> Soutenir les modes de consommation responsables, en particulier la baisse de la consommation de viande qui présente l’intensité carbone ainsi que l’empreinte sur la biocapacité des pays tiers (soja pour l’alimentation des animaux) les plus fortes pour l’ensemble des produits alimentaires.
=> Encourager les modes de production peu émetteurs via notamment la Politique Agricole Commune : l’agriculture biologique, le maintien des prairies permanentes et le stockage de carbone dans les sols agricoles (agroforesterie et non-labour) .
=> Une alimentation fléxitarienne et végétarienne permettrait de réduire respectivement l’empreinte carbone de son alimentation de 38 et 51 % par rapport à celle de l’alimentation moyenne d’un Français
=>  Avec 45 % de bio (6 % aujourd’hui), 45 % de production intégrée et 10 % d’agriculture raisonnée, il est possible de diviser par 2 les émissions du secteur agricole d’ici 2050;
=> l’élevage serait responsable de 80 % de la destruction de l’Amazonie et de 14 % de la déforestation mondiale, affirme Greenpeace.

Mobilité:
Privilégier le vélo pour les déplacements en ville. Et bien sur les transports en commun pour les déplacements professionnels.

Rapport de WWF

Changer de banque:
ou une manière de soutenir les entreprises qui participent à la transition écologique
Après l’Accord de Paris sur le climat, les investisseurs ont déjà commencé à retirer leur argent de l’industrie du charbon, engendrant une réduction des émissions de 5 à 20 %,
Individuellement, changer de banque pour faire pression sur ses orientations et placer son argent dans une banque faisant attention à son empreinte écologique peut avoir un impact conséquent. « Le diagnostic est sévère pour les banques françaises : leurs soutiens à l’énergie fossile la plus émettrice de CO2 ont augmenté de 218 % entre 2005 et 2013, contredisant leurs engagements à lutter contre les changements climatiques », dénoncent Les Amis de la Terre.
plus sur finance responsable

 

En 2016, en France, plus de 8,8 millions de tonnes par an de papiers et cartons (Copacel 2016) ont été consommées, sous forme de papiers de bureau, de livres et documents publicitaires, ou encore de papiers hygiéniques et d’emballages.
WWF - papier et pâte à papier


2) Le jour du dérèglement

a) Définition

Dans la loi énergie-climat de 2019 et conforme à l’Accord de Paris , plusieurs pays se sont fixés un objectif carbone pour 2050. Des objectifs différenciés selon les pays, la neutralité carbone étant que les émissions et absorptions de CO2 se neutralisent complètement.
Ce concept a été mis en place par l'Affaire du siècle, une campagne de justice climatique portée par quatre ONG : Notre Affaire à Tous, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme, Greenpeace France et Oxfam France. En 2019, ces organisations avaient décidé de déposer un recours contre l'État français pour "inaction climatique".

b) L'objectif de la France

Chaque année à partir de 2050, la France ne pourra rejeter dans l’atmosphère que 80 mégatonnes de CO2. ( objectif fixé par la France en 2019).
Or, le 5 mars 2020, la France a déjà atteint cette quantité d'émissions et donc le 5 mars, c'est le jour du dérèglement pour la France.
En 2017, le jour du dérèglement était le… 3 mars ! 2 jours de gagné en 3 ans ! Au regard de l’inaction climatique de l’Etat français, le retard ne fait que s’accumuler face à l’urgence de la situation. Au rythme actuel – au regard de la moyenne de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 2011 à 2017 – la France atteindra la neutralité carbone en 2085. La planète et les générations à venir n’ont pas le luxe d’attendre cette date.

c) Le secteur du bâtiment

Dans le secteur du bâtiment, les progrès sont encore trop lents. Même si les émissions de ce secteur ont baissé de 10% entre 1990 et 2018, ce secteur représente encore 19% des émissions françaises en 2018. Surtout, les émissions du secteur ont diminué de 1,5% depuis 2015, alors que les objectifs officiels fixaient une baisse de 5,5%. 12 millions de personnes sont encore en situation de précarité énergétique et 7 millions de résidences principales sont encore des passoires énergétiques en attente de rénovation. Une analyse détaillée en chiffres

Publié dans Notre planète

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