La flambée du prix de l'électricité

Publié le par Thierry T

Les tarifs de l'électricité ont augmenté significativement en 2022 et la facture risque de flamber à partir de 2023. Ces hausses importantes vont impacter le pouvoir d'achat de nos concitoyens et  cet impact va toucher de nouveau les personnes les plus fragiles financièrement et il va de soi que le taux de pauvreté va encore augmenter en France et en Europe.

1- Le prix du marché de l'électricité en France

Le 23 septembre 2022, le prix du kWh payé sur le marché français est de 0.3992
Entre le 10 aout et le 23 septembre, le prix du KWH a varié de 0.34 € le KWH à 0.74 € le KWH .
Les prix du marché de l'électricité ont donc doublé entre 2021 et 2022. Toutefois le prix proposé par fournisseurs d'électricité en France maintiennent un prix qui se rapprochent du tarif réglementé d'EDF. ( qui est l'Etat)

Le tarif règlementé d'EDF est fortement impacté par les prix de marché. 

=> Le calcul du prix du tarif réglementé est effectué à partir du prix de revient de l'électricité d'origine nucléaire et des parts d'achat sur les marchés libres.
=> La CRE (Commission de Régulation de l'Energie) peut décider d'augmenter les tarifs réglementés d'EDF  pour que la concurrence puisse s'exercer.
=> En clair faire payer les consommateurs plus cher afin que les concurrents d'EDF puissent faire baisser les prix !
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2- Les prix de l’électricité en France : les tarifs fixes et réglementés

a- Les tarifs en septembre 2022

C’est l’Etat qui fixe le prix du kWh. Les fournisseurs fixent leurs propres prix mais suivent généralement celui fixé par l’Etat.
En septembre 2022, les français payent en moyenne 0,1740 € TTC  par kWh (option base)
Le prix du kWh est de 0,1841 € TTC en heures pleines et 0,1470 € TTC en heures creuses pour une puissance de 6 kVa, si l’on prend le Tarif Bleu qui concernait plus de 25 millions de foyers en France.
Les prix de l’électricité sont en hausse depuis une dizaine d’années. En effet, en 2020, le prix de l’électricité a augmenté de +1,54% TTC.  Ils continuent d’augmenter en 2022, du fait de la reprise économique post Covid-19 et de la guerre en Ukraine.

années prix du KWH années prix du KWH
2013 0.1524 2018 0.1748
2014 0.1585 2019 0.1778
2015 0.1676 2020 0.1893
2016 0.1685 2021 0.1946
2017 0.1704    
b- Ma consommation facturée

Tarif bleu (tarif réglementé)  - 06kVA - option base -
2021 : 0.1816 € le kWH
2020 : 0.1776 € le kWH
en 2022 , de avril 2022 à aout 2022, le montant qui m'a été facturé est de 0.1571 € le kWH

  2020 2021 2022
prix du KWH 0.1776 0.1816 0.1571
abonnement mensuel     11.30 €
cout du KWH     0.22 €

 

3- Le kWh le moins cher d'Europe

Le kWh électrique en France était d'après EDF, le moins élevé d'Europe. Le comparatif n'était toutefois réalisé que sur tous les pays limités à la zone euro qui est (relativement) stable depuis plusieurs années, l'ensemble des taxes additionnelles correspond au tiers de la facture.
Bruxelles veut augmenter les prix d'EDF et même scinder EDF pour que la "concurrence" puisse exister

En France, l'électricité provient très majoritairement des centrales de production (parc nucléaire et autres) et des importations en provenance d’autres pays européens. L'électricité est achetée à des pays voisins, essentiellement l'Allemagne, quand elle est moins chère et en cas de panne ou de maintenance des centrales ou de hausse des besoins intérieurs.
Avant d'être proposée aux particuliers et aux entreprises sur le marché de détails, l'électricité est vendue et achetée sur le marché de gros. Le marché s'adresse aux producteurs d’électricité (centrales électriques) et aux fournisseurs qui s’approvisionnent en électricité pour la vendre aux particuliers et aux entreprises. Ils peuvent acheter ou vendre de l'énergie soit la veille pour le lendemain (marché spot) ou pour une fourniture dans les jours, les semaines jusqu'aux années à venir (marché à terme).
Les prix de référence pour le marché français sont basés sur des calculs complexes réalisés par les opérateurs du marché. Ils sont fixés tous les jours par des enchères communes.
Les fournisseurs historiques (EDF et les entreprises locales de distribution) ou les fournisseurs alternatifs proposent ensuite des contrats au consommateur final selon différents tarifs : tarifs réglementés, tarifs fixes etc. 

Depuis la loi NOME (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) du 7 décembre 2010, EDF doit vendre un quart de sa production d'électricité aux fournisseurs qui n'en produisent pas. Le prix est de 42  euros/MWh.
Au-delà de ce plafond, les concurrents doivent se fournir sur le marché. Avant 2011, les fournisseurs dit alternatifs se fournissaient aux prix du marché, très fluctuants, et la production nucléaire française était réservée à EDF.
Créé en 2010 dans le cadre de l'ouverture du marché à la concurrence, cet accès régulé à l’énergie nucléaire historique (Arenh) (nouvelle fenêtre)est prévu jusqu’en 2025. Il permet aux concurrents d'EDF de proposer des tarifs compétitifs à leurs clients. Le gouvernement a demandé à EDF d'augmenter la quantité d'électricité vendue à bas prix aux autres fournisseurs au 1er avril 2022. Ces concurrents sont toutefois tenus à des obligations de service public en contrepartie.

4- La part des taxes dans le prix de l’électricité

Il est important de préciser que quelle que soit l’offre que vous choisissez une composante essentielle du prix de l’électricité n’est pas fixée directement par votre fournisseur : les taxes.

En effet, ce dernier définit une stratégie concurrentielle de tarifs, mais ne peux rien faire contre les taxes particulièrement nombreuses et élevées concernant l’énergie. On considère que les taxes représentent 1/3 du prix final du kWh.  Les taxes sur l’électricité sont les suivantes :

  • la CSPE : Il s’agit de la contribution visant à rembourser en partie les coûts supportés par les opérateurs  notamment pour acheminer l’électricité, une mission relevant du service public.
  • les TCFE : Ce sont les taxes dont le montant est calculé sur la base d’une consommation d’électricité, qui sont collectées par votre fournisseur avant d’être ensuite transférées à l’Etat ou aux collectivités territoriales.
  • une TVA à 20 % :  Il s’agit de la taxe normale qui s’applique proportionnellement sur  votre consommation énergétique (toujours et uniquement calculée en kWH) et sur les différentes taxes que vous êtes amenés à payer (CSPE et TCFE notamment).
  • La CTA ou la Contrition Tarifaire d’Acheminement, servant à financer les retraites des employés des Industries électriques et gazières (IEG).
Les causes de l’augmentation du prix de l’électricité

Pour comprendre les mécanismes de hausse de l’électricité, il faut décomposer le prix de l’électricité en trois parties :

  1. La part réseau, qui correspond aux tarifs d’acheminement (TURPE) rémunérant les gestionnaires de réseau ERDF (distribution) et RTE (transport). Cette part réseau ne varie pas selon le fournisseur car les gestionnaires de réseau ont le statut de monopole.
  2. La part fourniture couvre les coûts de production et de commercialisation de l’électricité. C’est sur cette partie de la facture que les fournisseurs d’électricité peuvent jouer pour proposer des prix plus bas qu’EDF à leurs clients.
  3. Les taxes et contributions (CTA, TVA, CSPE, TCFE) sont nombreuses et représentent près de 38% de la facture totale. Les taxes sont un facteur intéressant, bien souvent à l’origine des variations du prix de l’électricité.
Les facteurs récents
  • La guerre en Ukraine : dépendance de l’UE aux énergies russes

La guerre ayant éclaté en février 2022 en Ukraine a déjà un impact sur le prix de toutes les énergies en Europe. Celui-ci risque d’être croissant, car nous allons devoir développer notre production d’énergie pour nous émanciper des importations d’hydrocarbures russes.

 

  • L’inflation post-reprise économique

La reprise économique post-confinements dus au Covid-19 a eu un très fort impact sur le coût de l’énergie.  En effet, cette reprise a entraîné un pic de demande, que la production peine à satisfaire. Cela est d’autant plus vrai que de nombreuses interventions de maintenance de réacteurs nucléaires ont été reportées à cause du confinement, provoquant l’arrêt de ceux-ci.

  • Le parc nucléaire : un investissement coûteux

Récemment, on a constaté un vieillissement du parc nucléaire en France. L’âge moyen d’une centrale nucléaire étant de 23 ans en moyenne, mais certaines présentes dans l’hexagone avoisine l’âge canonique de 30 ans. Or, la catastrophe de Fukushima a fait prendre conscience au monde du danger que représente une mauvaise gestion du nucléaire et de ses réacteurs, et a forcé les acteurs du monde de l’énergie à revoir sensiblement leurs normes de sécurité.

 

  • La maintenance du réseau électrique

Les réseaux de transport et de distribution d’électricité (RTE, Enedis) jouent un rôle important dans l’augmentation du prix de l’électricité. On estime à 3 milliards d’euros l’investissement par an et une augmentation d’environ 4% par an du tarif d’utilisation de ces réseaux. Dans les régions côtières comme la Bretagne, la Côte d’Azur, marquées par les intempéries et soumises à des conditions météorologiques instables, ces investissements sont indispensables afin d’assurer la sécurité de ces réseaux et éviter les coupures lors des périodes d’affluence maximale.

Un écart qui va se réduire

Le prix de l'électricité en France resterait 14 % inférieur à la moyenne de l’Union européenne (en se limitant uniquement à la zone euro).

Cet écart était de 28 % en 2008, il va se réduire progressivement. La France se classe désormais au 16e rang des pays dans lesquels l’électricité est la moins chère. 

  • La nouvelle organisation du marché de l'électricité selon les projections de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) doit entraîner une hausse de tous les tarifs électricité jusqu'en 2025.
  • Elle atteindrait en théorie 11,4 % pour les particuliers, la première année et par la suite 3,5 % par an.
  • EDF réclame plus de moyens pour financer ses investissements.
  • EDF tente régulièrement d’obtenir du gouvernement une revalorisation de ses tarifs de vente d'électricité, qu’il juge trop « faibles ».
La situation financière d'EDF

Lorsque l'on voit les chiffres, on peut se poser la question de bon sens s'il n'est pas plus utile pour les comptes de la nation de favoriser EDF en restant fidèle aux tarifs réglementés. Les concurrents dans leur majorité sont des opportunistes dont certains ne payent même pas d'impôt en France.

  • EDF s'est endetté pour ses investissements au Royaume-Uni.
  • Malheureusement le réacteur nucléaire EPR de Flammanville est un fiasco.
  • Le chiffre d'affaires en 2016 était de 73 milliards d'euros.
  • L'endettement d'EDF est passé de 34 milliards d'euros en 2016 à 41,1 milliards d'euros entre la fin de l'année 2018 et la fin de l'année 2019. (Source Les échos 2016).
  • EDF a contracté plus de 74 milliards de dettes si on ajoute les emprunts obligataires (la dette hybride).
  • Son PDG Jean-Bernard Lévy déclarait sur le plateau de BFM le 15 février 2019 « je suis inquiet pour la dette d'EDF ».
  • En 2020, le lobbying nucléaire souhaitait construire 6 réacteurs nucléaires supplémentaires. Comment ? en créant de nouveaux besoins,
  • En 2021, les pouvoirs publics veulent réhabiliter l'énergie électrique en donnant des primes pour les pompes à chaleur et en interdisant le gaz dans les constructions neuves RE 2020 qui théoriquement n'auront plus besoin d'un chauffage, mais d'un appoint occasionnel.  

Hausse de l'électricité de 100 % 

La hausse cumulée de la facture d'électricité devrait grimper de 100 % d'ici à 2025 afin de s'aligner sur les tarifications des autres pays européens.

  • Le financement des énergies renouvelables va impacter année après année la facture d'électricité des Français.
  • Selon la CRE, la contribution au service public de l'électricité est ainsi passée de 9 euros le MWh en 2012 à 19-20 euros en 2016.
  • Le tarif normal appliqué en 2018 pour la contribution au service public de l'électricité (CSPE) était de 22,5 € par mégawattheures.
  • Les réseaux électriques dans la basse tension nécessitent de lourds investissements. Selon la CRE, le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (Turpe) devrait augmenter de 4 % par an, inflation comprise.
  • La facture des usagers pourrait encore augmenter de façon démesurée, car par idéologie, sous couvert des dogmes de la concurrence et dans le seul intérêt des différents fournisseurs, des hausses régulières vont faire flamber les prix. 
2 raisons qui s'additionnent à 2 autres
  •  la loi NOME 
  •  les compteurs électriques Linky d'Enedis qui permettent aux fournisseurs d'énergie de gérer en temps réel la consommation des usagers (coût entre 4 et 9 milliards d'euros). 

Raisons des hausses des tarifs EDF 

Les taxes et contributions CSPE, TCFE, TICPE, TICGN, CTA qui alourdissent les factures d’électricité, de gaz ou de fioul domestique sont encore augmentées par la TVA qui s’applique sur ces taxes. L’assujettissement de ces taxes à la TVA renfloue les caisses de l’État qui chaque année récupère plus de 1,4 milliard d’euros au titre de la TVA. Il faut tenir compte du fait que la bonne tenue des finances publiques est essentielle, car le COVID a entraîné des dépenses inédites qu'il faut récupérer quelque part le "Quoi qu'il en coûte".

L'énergie est par essence la « vache à lait de l’État » suivant les propos du Président de la CRE (Commission indépendante de régulation de l’énergie) qui est l'autorité indépendante chargée de garantir le bon fonctionnement des marchés français de l'énergie théoriquement au bénéfice des consommateurs.
 

Cette année un ménage paye au titre de ces taxes un surcoût de :

  • + 79 € s'il est chauffé au fioul
  • + 57 € s'il est chauffé à l’électricité
  • + 48 € s'il est chauffé au gaz.
     

Il existe plusieurs causes de l'augmentation de l'électricité 

  • l’augmentation des prix sur les marchés de gros
  • la hausse des coûts de production et de commercialisation
  • l’impact de la crise sanitaire du Covid-19 (particuliers et professionnels en difficulté de paiement).
  • le développement des énergies renouvelables
  • les investissements dans le nucléaire (Flammanville). (12.5 milliards dépensés à ce jour pour un réacteur malheureusement non conforme).
  • La spéculation et notamment des fonds d'investissement qui rachètent le combustible afin de faire grimper la matière première.

Publié dans consommation,budget

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