Le PIB ou la croissance à tout prix. Et la décroissance ?

Publié le par Thierry T

La variation du PIB d’une période à l’autre est censée mesurer son taux de croissance. Le produit intérieur brut est l'indicateur principal de mesure de la production économique réalisée à l’intérieur d’un pays donné effectuée par les agents économiques résidant à l’intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques).Mais le PIB reflète t-il la réalité ?

Actualité Coronavirus:
=> 42% des français disent qu'ils changeront leur mode de consommation au déconfinement

Autre article: "Coronavirus, récession? ou décroissance à programmer?"


Plan du billet:
1) Le produit intérieur brut (par la VA)
a) la Valeur ajoutée
b) la Valeur ajoutée des entreprises françaises
c) les industries à haute valeur ajoutée

2) La croissance
   A) l'IDH -indicateur de développement humain
      a) définition
      b) IDH - le classement des top 10 pays et des derniers 10 pays
   B) Les moteurs de la croissance ou une autre lecture du PIB
      a) la consommation
      b) l'investissement
      c) les dépenses publiques
      d) la balance commerciale
   C) Le PIB de la France par les dépenses

3) Une croissance qui ne sera pas éternelle
   a) Des sociétés ou les services ont remplacé l'industrie
   b) Productivité et démographie
   c) Le creusement des inégalités de revenus et de richesses
   d) Les défis environnementaux qui nous attendent
   e) Les revenus acquis ne sont pas dépensés mais épargnés

4) Consommer mieux, acheter français
5) Consommer moins ou la décroissance
   a) Définition de la décroissance
   b) le PIB - un mauvais calcul ?
   c) La décroissance , une idée qui a émergé il y a plus de 20 ans
Annexe 1 : le classement des PIB , les 10 premiers pays
Annexe 2 : le classement des PIB par habitant, les 10 premiers pays

Annexe 3 : top 10 des entreprises françaises à forte valeur ajoutée


1) Le produit intérieur brut (par la VA)

L’approche par la production permet de mieux saisir la provenance de la  richesse créée en particulier les contributions par secteur d’activité (construction, industrie) ou par type d’acteurs économiques (privés, publics, associatifs). Selon cette méthode, le PIB se calcule en additionnant les valeurs ajoutées des agents économiques publics et privés.
Le produit intérieur brut (PIB) est donc égal à la somme des valeurs ajoutées réalisées sur une année.
Son calcul est le suivant :
+ somme des valeurs ajoutées
+ impôts sur les produits
– subventions sur les produits

Cela explique que l’Administration Fiscale utilise volontiers la valeur ajoutée comme assiette de l’impôt. Les agents économiques qui créent de la valeur ajoutée sont les entreprises, les organisations, ou encore le secteur public.

a) la valeur ajoutée

La valeur ajoutée est égale à la différence entre la valeur de la production réalisée et celle de l'ensemble des consommations intermédiaires.
La valeur ajoutée mesure la richesse créée par un agent économique (entreprise, organisation) au cours d'une période donnée. La valeur ajoutée désigne le supplément de valeurs qu'un agent économique, par son activité, apporte aux biens et services intermédiaires qui proviennent de tiers.
En comptabilité, c'est la différence entre tous les comptes de produits (classes 70,71 et 72) et les comptes de charges, classes 60, 61 et 62. ou bien la différence entre la valeur de la production ou le chiffre d'affaires d'une entreprise et la consommation intermédiaire

b) La valeur ajoutée des entreprises françaises

L'essentiel de l'activité économique des secteurs principalement marchands, en France, est porté par un nombre restreint d’entreprises. Selon L'INSEE sur les 3,3 millions d'entreprises, seulement 3 000 concentrent 52 % de la valeur ajoutée, 70 % des investissements et 83 % des exportations en France. Cet ensemble est constitué principalement de grandes entreprises (240) et d'entreprises de taille intermédiaire (2 030), mais compte aussi quelques PME (y compris des microentreprises).
En 2016, dans le secteur marchand, les 3,3 millions d’entreprises (hors agriculture et services financiers) ont dégagé une valeur ajoutée de 986 milliards d’euros. C'est ainsi que 3.000 de ces entreprises totalisent 503 milliards d'euros de valeur ajoutée. Elles emploient au total 5,1 millions de salariés, soit près de 20% de l'emploi total en France.

c) Les industries à haute Valeur ajoutée

L'aéronautique (EADS, Safran, Zodiac Aérospace, Thales)
L'aérospatiale (Safran nacelles, groupe ADP, Dassault Aviation, Technip , MBDA France)
Le luxe ( Louis Vitton, Cartier, Jo Malone, Blancpain, Gucci, Lancöme, Ralph Lauren)
Laboratoires pharmaceutiques ( Sanofi)

Le digital (Le bon coin, AirBnb)
L'agroalimentaire haut de gamme
Le génie logiciel
Les télécommunications
La fabrication additive (impression 3D)

voir liste des 10 top entreprises


2) La croissance

La croissance c'est la variation  du produit intérieur brut d'une année sur l'autre.
Toutefois, on peut mesurer la croissance avec d'autres indicateurs que le PIB. (L'IDH par exemple).
De plus la croissance sur une année n'est pas tout à fait à la différence entre le PIB A+1 et le PIB A car la valeur de l'euro n'est pas la même. Le calcul doit donc se faire en euro constant à partir de la valeur de référence ( celle de A).


A) L'IDH - indicateur de développement humain
a) définition

C'est le mixe entre 3 indicateurs:
Le Produit intérieur brut par habitant (revenu)
Le taux d'alphabétisation (éducation)
L'espérance de vie moyenne (santé)

b) IDH - Le classement des Top 10 pays et derniers 10 pays
Rang Pays IDH
1 Norvège 0.949
2 Féroé 0.943
3 Australie 0.939
4 Suisse 0.939
5 Allemagne 0.926
6 Danemark 0.925
7 Singapour 0.925
8 Pays Bas 0.924
9 Irlande 0.923
10 Islande 0.921
185 Erythrée 0.420
186 Sierra Leone 0.420
187 Mozambique 0.418
188 Soudan du Sud 0.418
189 Guinée 0.414
190 Burundi 0.404
191 Burkina Faso 0.402
192 Tchad 0.396
193 Niger 0.353
194 République Centraficaine 0.352

La France est au 39ème rang avec un IDH de 0.891.


B) Les moteurs de la croissance ou une autre lecture du PIB

L’approche par la demande met en relief la manière dont la richesse produite a été utilisée : dans la  consommation, dans l’investissement, dans la constitution de stocks ou par sa monétisation à l’étranger (solde des échanges extérieurs). Cette approche permet souvent de modéliser et piloter les politiques économiques conjoncturelles (relance par la demande des ménages, soutien à l’investissement, dévaluation ou revalorisation de la devise nationale)

PIB = Investissements +consommations+ dépenses publiques + balance commerciale

a) La consommation
a1) Définition et répartition

Consommation française = consommation des ménages + consommations individualisables de services rendus par les administrations publiques (éducation et santé par exemple).
En 2018 total = 1630 milliards d'euros,(dont 1220 M pour les seuls ménages,)
En 2014, total = 1505 milliards d'euros. (dont 1123M pour les seuls ménages)
En 2008 , total = 1376 milliards d'Euros. (dont 1049M pour les seuls ménages)

Répartition de la consommation 2014:

Logement, chauffage, éclairage 305.2 20.1%
Alimentation et boissons non alcoolisées 151,9 10%
Transports 148,8 9.8%
Loisirs et culture 94.4 6.2%
Habillements et chaussures 49.1 3.2%
Equipement du logement 59,9 3.9%
Santé 48.7 3.2%
Boissons alcoolisées 40.8 2.7%
Communications 29,1 1.9%
Hôtel café restaurant 75.5 5%
Education 10.2 0.7%
Assurances 46,1 3%
Autres biens et services 85.4 5.6%
Dépenses individualisables adm publiques ( santé, éducation) 149.1 9.8%
Dépenses individualisables auprès d'assocations 44.3 2.9%

La consommation contribue à de la croissance immédiate alors que l'épargne contribue à de la croissance future. Le stock d'épargne s'élevait en 2014 à 4000 milliards d'euros sachant que dans le futur 64 % sera consacré à investir dans l'actif non financier (immobilier), 12% dans des livrets d'épargne, 9% dans des actions et 15% dans de l'assurance vie
Les dépenses fixes des ménages, quelque soit la situation ( confinement ou autres) représentent 46 % du total de leurs consommations.

a2) La propension à consommer

Il faut partir du revenu disponible
Le revenu disponible = revenus directs (du travail et du capital) - prélèvements obligatoires(impôts et cotisations sociales) + revenus de transferts
La propension à consommer dépendra donc de la variation du revenu disponible attendue ( salaires) ou inattendue (leg)  mais aussi la volonté d'investir ou d'épargner.

b) L'investissement

L’investissement détermine le potentiel de croissance à long terme d’une économie (de pair avec la consommation qui absorbe les nouveaux produits).
Le choix d’utiliser tout ou partie de la capacité de production de l’entreprise résulte d’un calcul de court terme : ceci contribue à la croissance conjoncturelle du pays.
Les investissements de capacité : ils ont pour but d’accroître les capacités de production de l’entreprise.
Les investissements de productivité : ils ont pour but d’améliorer la productivité du processus de production.

c) Les dépenses publiques

En 2017, les dépenses publiques de l'ensemble des administrations françaises ont atteint 55 % du Produit Intérieur Brut. (inclut toutes les aides sociales qui sont imbriquées dans la consommation des ménages)
Au début des années 1960, la part des dépenses publiques dans le PIB était de 35 %. En 1978, le niveau des dépenses publiques était de 44,4 % du PIB. La constante augmentation des dépenses publiques depuis 1960 est principalement due à une hausse des versements des prestations sociales et des charges d'intérêt sur la  dette, l'investissement étant, lui, resté relativement constant.
En 2010, les dépenses publiques des différentes administrations se décomposaient ainsi: l'Etat représentait 20,5 % du PIB, contre 11,5 % pour les collectivités locales et 24,6 % pour la Sécurité Sociale.

d) La balance commerciale

La balance commerciale (exportations moins importations) reste toujours déficitaire depuis 2005. En 2016 , elle s'élevait à - 48.1 milliards d'euros.

Le fait d'acheter français entrainerait une baisse des importations et parallèlement une augmentation de revenus des producteurs et industriels français et donc contribuerait à augmenter le PIB.
Voici par principaux secteurs d'activités le % des importations dans les consommations des ménages:

Habillement , cuir et industrie textile 38.9%
Combustibles et carburants 38.5%
Automobile, biens d'équipements mécaniques 37.2 %
Equipements du foyer, électriques et électroniques 36.5%
Pharmacie, parfumerie et entretien 24.8%
Transports 24.4%
Industrie des produits minéraux 17 %
Edition, imprimerie, industrie du bois et papier 13.1%
Agriculture, pêche, industries agricoles et alimentaires 11.1%
Eau, gaz, électricité 0.4 %

Les mesures de soutien de la consommation pèsent dans un premier temps sur les compte publics, principalement via la dépense fiscale (exonération d'impôts ou impôts négatifs de type prime pour l'emploi) ou sociale (exonérations sociales).
Outre les objectifs poursuivis en termes de bien-être, de réduction des inégalités ou de lutte contre la pauvreté, on peut en attendre aussi une impulsion favorable sur l'économie, c'est à dire une croissance plus forte du PIB, susceptible d'autofinancer, dans une proportion variable, le coût de ces mesures pour les finances publiques.
En effet, une augmentation de l'activité entraîne, d'une part, un surcroît de recettes fiscales et sociales et, d'autre part, une diminution de certaines dépenses, notamment les allocations de chômage et certains minima sociaux.
Mais si l'augmentation de la demande porte principalement sur des produits importés, il en résulte une « fuite » dans le circuit économique, au terme de laquelle l'argent public aboutit surtout à soutenir l'activité du reste du monde.


C) Le produit intérieur brut de la France (par les dépenses)

Et donc comme expliqué au chapitre précédent, son calcul "par les dépenses" est le suivant :

  • + Dépenses de consommation
  • + Dépenses gouvernementales
  • + Investissements privés et publics
  • + Exportations
  • – Importations

En premier, on additionne toutes les dépenses de consommation des personnes dans une région. Ce calcul inclut les biens de base, comme l’épicerie par exemple, les biens à plus long terme comme les meubles, et les services reçus comme les honoraires d’un avocat, par exemple. Les dépenses de consommation pèsent le plus lourd dans l’équation du PIB. Puis, additionne les dépenses du gouvernement telles que les salaires des fonctionnaires, les dépenses pour maintenir les infrastructures publiques (routes, parcs), les dépenses reliées au service public (éducation, santé), les dépenses de l’armée etc. Ensuite on additionne les investissements privés et publics, donc les dépenses faites par les entreprises pour offrir leurs biens et services. On comptabilise les achats de la machinerie des entreprises, les achats d’usines ainsi que les achats de maisons résidentielles neuves des ménages. Avec cette approche, le PIB est une mesure des produits et services créés dans un pays donné. De ce fait, il faut additionner les exportations car même si ces produits ne seront pas consommés à l’intérieur des frontières, leur production a été réalisée localement. Pour cette même raison, il faut soustraire les importations car même si ces produits seront consommés dans le pays, c’est le pays de la production qui pourra ajouter la valeur de cette production à son PIB.

  2018 2016 en Mds d'€ 2015
PIB 2350 2228.90 2181,10
cons. ménages et dépenses publiques 1634 1576,50 1540.70
dépenses indiv. adm pub. 184 183,10 182.70
Investissements (FBCF) 540 489,40 469.20
Variation des stocks 13 23,30 18.60
balance commerciale -21 -48.10 -45

% des dépenses privées et des dépenses publiques

NB: on peut également calculer le PIB "par les revenus" avec le calcul suivant:
+ Rémunération des salariés
+ Autres revenus (locatifs, intérêts, dividendes)
+ Profit des entreprises (dont travailleurs non salariés – TNS)
+ Impôts sur les produits et les importations


3) Une croissance qui ne sera pas éternelle

a) des sociétés où les services ont remplacé l'industrie

La croissance de nos pays occidentaux n'a décollé que depuis la domestication de l'énergie, à l'aube du 20ème siècle. Durant des siècles, l'économie était dans un relatif immobilisme. Le bois, la vapeur, le pétrole puis l'électricité ont été des facteurs pour booster l'économie et l'inventivité des hommes.
Nous avons vu que la croissance était le calcul arithmétique de la variation du PIB , PIB qui était composée de la valeur ajoutée et donc de la productivité.
Hors, avec les trente glorieuses, et le choc pétrolier des années 70, la productivité décline d'années en années.
Plus une économie est avancée et dominée par les services, plus sa productivité diminue. L'Europe a connu le déclin de l'industrie et de l'agriculture. Même si le progrès technique est considérable dans ces deux secteurs, leurs poids dans le produit intérieur brut a diminué au détriment des services.
A contrario, la Chine qui connait une montée en puissance de son industrie a des taux de croissance considérables.

FRANCE: le poids des différents secteurs

Agriculture 2.8%
Industrie 13.9%
Construction 6.6%
Tertiaire 76.7%
b) productivité et démographie

Le vieillissement de la population conduit à un ratio de personnes "actifs" de plus en plus bas. En effet, plus il y a d'individus au travail, plus la croissance est forte. Dans un pays où le % des inactifs n'arrête pas de progresser, même si le % de chômage diminue, la productivité baissera. C'est le cas de la plupart des pays occidentaux européens.

c) Le creusement des inégalités de revenus et de richesses

Avec la concentration croissante de la richesse sur les 1% les plus fortunés. En effet, l'augmentation des revenus des plus riches ne produit pas de croissance, car cet argent n'est pas dépensé, alors que durant les trente glorieuses, la forte progression des salaires de la nombreuse classe moyenne venait booster la croissance sous forme de consommation supplémentaire.

d) Les défis environnementaux qui nous attendent

L'environnement et le caractère limité des ressources naturelles. La lutte contre le réchauffement climatique pourrait soutenir la croissance durant la période de nouveaux investissements. Mais à long terme, l'option environnementale nécessitera une économie différente et moins intense qu'elle ne l'est aujourd'hui.
par exemple ne pas consommer plus ce que notre planète produit ( voir le jour du dépassement)

e) Les revenus acquis ne sont pas dépensés mais épargnés

Il y a un trop plein d'argent dans le monde alors que les projets d'investissements à financer ne sont plus si nombreux. Si le prix de l'argent, l'intérêt annuel à payer lorsqu'on s'endette, est si faible, c'est parce que l'offre d'argent est supérieure largement à la demande.
Un peu comme expliqué en d°, les revenus supplémentaires acquis par les plus riches ne sont pas consommés . C'est le cas également des sociétés de la "nouvelle économie" comme Microsoft, Google, Amazon , Uber, BlaBlaCar ou Airbnb dont les résultats explosent et ne sachant pas quoi faire de cette manne de revenus la distribuent aux actionnaires au lieu de les réinvestir.
Même les classes moyennes des pays les plus riches, avec les incertitudes grandissantes sur leurs indemnités de retraites , ont tendance à mettre plus en épargne ( épargne = consommation décalée dans le temps)


4) Consommer mieux, acheter Français

Comme expliqué au chapitre 2B, si nous achetons des produits importés, nous contribuons à améliorer le PIB des pays exportateurs et non pas le nôtre.
En période de crise, et pour contribuer à stabiliser l'économie nationale , il est donc fortement recommandé d'acheter des produits français.
Et selon le tableau au chapitre 2B , il y a des secteurs économiques où la part des biens importés est significative : l'habillement, les voitures, les équipements du foyer, électriques et électroniques, les transports et dans une moindre mesure l'alimentation.
Au delà de la provenance des produits fabriqués , s'assurer que l'entreprise est française . Préférer acheter par exemple une voiture Renault ( même si celle ci a été montée à l'étranger) qu'une Toyota ( seule la Yaris est assemblée en France)

=> L’une des premières caractéristiques d’un produit fabriqué en France, c’est d’être plus écologique. Le chemin parcouru par vos produits est bien moins long qu’un produit provenant de Chine par exemple. Ce dernier aura certainement fait le tour du monde avant d’atterrir dans votre placard.
=> Le fait d’acheter français contribue également à protéger des emplois. En valorisant le travail des entreprises du territoire, vous participez à lutter contre la délocalisation et la désertification industrielle et ainsi à entretenir l’économie française.

Fédération in dépendante du made in France
Sur ce site , tous les magasins identifiés comme exclusivement "made in France"


5) Consommer moins ou la décroissance

a) Définition de la décroissance

Dans ce domaine, la décroissance se définit par rapport à son antithèse : la croissance. C’est à dire qu’une situation économique qui n’est pas croissante devient décroissante, et vice-versa. Les représentants de l’oligarchie au pouvoir depuis 200 ans prônent la croissance économique comme objectif prioritaire et seul moyen d’assurer le bonheur de leurs administrés. Ils sont suivis en cela par l’immense majorité des populations. Quelques groupuscules prônent au contraire la décroissance économique, indiquant que cette option serait de nature à rétablir « la joie de vivre ».

b) Le PIB - mauvais calcul ?

Mais, que ce soient les zélateurs de la croissance, ou que ce soient les objecteurs de croissance, tous deux se trompent sur l’unité de mesure, ce qui, vous en conviendrez, les renvoient dos à dos. Cette unité de mesure erronée s’appelle le PIB, c’est à dire le produit intérieur brut ,’indicateur économique principal de mesure de la production économique réalisée à l’intérieur d’un pays donné, vise à quantifier la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques résidant à l’intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques). Le PIB est donc censé refléter l’activité économique interne d’un pays et la variation du PIB d’une période à l’autre est censée mesurer son taux de croissance économique.
Les croissances mondiales en berne ont fait émerger un nouveau standard. Dans un contexte aussi complexe et instable qu’aujourd’hui, la richesse d’un pays ne peut désormais plus s’évaluer sur la base de sa production. Le Produit Intérieur Brut (PIB) ne constitue pas un bon outil pour calculer la croissance et la qualité de vie. En considérant les mauvais facteurs, nous prenons les mauvaises décisions.
Sa solution inclut un calcul plus large de la qualité de vie. Elle rappelle le « Bonheur national brut » mis en place par le Bhoutan, soit un indice qui prend en compte le bien-être de la population du pays. « Il faut repenser cette mesure en termes de durabilité, et cerner le poids des inégalités qui constituent la plus grande menace pour l’économie mondiale. Si le PIB des Etats-Unis marquait une progression en 2015, la population américaine a en réalité vu sa qualité de vie se dégrader au fil des décennies. ». L'IDH comme mentionné dans le chapitre 2Aa peut être aussi un indicateur intéressant.

c) La décroissance - une idée qui a émergé il y a plus de 20 ans

La décroissance est un courant apparu dans les années 90 qui prône une moindre consommation. Appelés « downshifters » ou « downsizers » en anglais, les partisans de la décroissance sont parfois opposés à une consommation outrancière et militent pour une restriction volontaire des achats.
Plus nombreux sont ceux qui assimilent la décroissance à une attitude de simplicité volontaire qui consiste à moins rechercher un enrichissement permanent ou bien à acquérir toujours plus de biens matériels. Au contraire, il s’agit de prendre plus de temps, en travaillant moins et donc en gagnant moins, pour consacrer plus de temps à sa famille, à ses proches, à ses hobbies.
Aux USA, en Suède, en Grande-Bretagne ou Nouvelle-Zélande et bien sûr, en France, les adeptes de la simplicité volontaire se multiplient même si parfois leur entourage a du mal a comprendre ou à accepter leur approche.
Poussé à l’extrême, certaines personnes en viennent à carrément boycotter les actes d’achat et préconisent de ne plus acheter que des produits alimentaires, d’hygiène et de santé.
Une politique de décroissance pourrait consister d’abord à
=> La remise en question du volume considérable des déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, avec l’impact négatif correspondant (donc une « relocalisation » de l’économie) ;
=> celle non moins considérable de la publicité tapageuse et souvent néfaste ;
=> celle enfin de l’obsolescence accélérée des produits et des appareils jetables sans autre justification que de faire tourner toujours plus vite la mégamachine infernale : autant de réserves importantes de décroissance dans la consommation matérielle.
Pour concevoir la société de décroissance sereine et y accéder, il faut littéralement sortir de l’économie. Cela signifie remettre en cause sa domination sur le reste de la vie, en théorie et en pratique, mais surtout dans nos têtes. Une réduction massive du temps de travail imposé pour assurer à tous un emploi satisfaisant est une condition préalable.
En 1981 déjà, Jacques Ellul, l’un des premiers penseurs d’une société de décroissance, fixait comme objectif pour le travail pas plus de deux heures par jour. On peut, s’inspirant de la charte « consommations et styles de vie » proposée au Forum des organisations non gouvernementales (ONG) de Rio lors de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement de 1992, synthétiser tout cela dans un programme en six « r » : réévaluer, restructurer, redistribuer, réduire, réutiliser, recycler. Ces six objectifs interdépendants enclenchent un cercle vertueux de décroissance sereine, conviviale et soutenable. On pourrait même allonger la liste des « r » avec : rééduquer, reconvertir, redéfinir, remodeler, repenser, etc., et bien sûr relocaliser, mais tous ces « r » sont plus ou moins inclus dans les six premiers.

d) La décroissance - raisons démographiques

L’endettement n’a rien d’inévitable, répond Georges Ugeux, tout en rappelant que « la croissance de l’Occident depuis 1970 se fait de façon artificielle, à coup d’emprunts, ce qui explique aussi les dettes publiques ». Quant à la croissance en elle-même, « elle n’a rien d’indispensable pour l’économie, ni pour les entreprises, ni pour lutter contre le chômage. C’est une fausse idée », assure-t-il. « Les Japonais ont par exemple une population en décroissance, ils vont perdre 20 millions de personnes dans les quinze prochaines années. Même si l’économie ne croît pas, il y aura une croissance par tête qui sera réelle. Pour ces raisons démographiques, l’Europe pourrait aussi s’arrêter de croître sans problème. »
L’éclatement d’une imminente crise financière mondiale sera peut-être l’occasion de repenser un modèle économique sans croissance, qui réponde du même coup à l’urgence écologique. À condition que les dirigeants s’arment des vertus indispensables que Georges Ugeux invoque de toute urgence : « de l’honnêteté et du courage ».

Etes vous prêts pour la décroissance ?


6) PIB marchand et non PIB non marchand

Quand la crise fait baisser le PIB marchand, elle fait croître son symétrique, le non-PIB non-marchand.
Quand remontera le PIB, ce qui arrivera un jour, plus lointain sans doute qu’on ne le croit, il ne faudra pas oublier que c’est grâce à ce qu’il ne mesure pas que la société a pu survivre ; et que le marché a pu avoir le temps de se réorganiser. Si nos sociétés ne sont pas ingrates, ce qui est loin d’être établi, il faudra alors donner au monde associatif une place première majeure.
Dès maintenant, il faudrait leur donner les moyens de fonctionner, de grandir, de rendre de plus en plus de services ; et de rendre ainsi, ironiquement possible la survie d’une économie de marché dont, justement, ils ne font pas partie. Jamais le mécénat d’entreprises, les subventions aux ONG et aux associations, et la valorisation sociale et politique de ce secteur n’ont été plus nécessaires et urgentes.

extrait édito de Jacques Attali "il n'y a pas que le PIB dans la vie"
 

La décroissance ?

La décroissance ?

Annexe 1 : le classement des PIB 2019, les 10 premiers pays

  1.  Les Etats- Unis : 19 377 Milliards de Usd
  2.  La Chine           : 12 362
  3.  Le Japon           :  5 106
  4.  L'Allemagne      :  3 619
  5.  Le Royaume uni : 2 610
  6.  La France          :  2 570
  7.  L'Inde                 : 2 458
  8.  Le Brésil             : 1 954
  9.  L'Italie                 : 1 895
  10.  Le Canada          : 1 627

En augmentant les salaires nets des français, le PIB de la France va donc augmenter entre 2018 et 2020 puisque la mesure va être étalée sur cette période.


Annexe 2 : le classement des PIB 2019 par habitant , les 10 premiers pays

  1.  Le Luxembourg : 103 187 Usd
  2.  La Suisse           :   82 178
  3.  Le Qatar           :   78 829
  4.  La Norvège       :   76 266
  5.  Les Etats Unis   :   55 904
  6.  Singapour         :   53 224
  7.  L'Australie         :   51 642
  8.  Le Danemark    :   51 624
  9.  L'Islande            :  51 605
  10.  Saint Marin       :  49 139

mots clés: PIB ,croissance,décroissance

Annexe 3 : TOP 10 des entreprises françaises à très forte valeur ajoutée

1- TOTAL SA
2- BNP PARIBAS
3- SANOFI AVENTIS
4- AXA
5- LVMH
6- L'OREAL
7- EDF
8- ORANGE
9- SOCIETE GENERALE
10- VINCI

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le choix : croissance ou décroissance

Mot clés:  Produit intérieur brut, PIB,

Publié dans Econ-polit-social

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