LIberté de la presse et théorie du complot

Publié le par Thierry T

Selon l’indice mondial de la liberté de la presse édité par Reporters Sans Frontières – RSF -, la France est classée 39ème pays sur 180 en termes de liberté de la presse.

La liberté de la presse est l'un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques qui repose sur la liberté d'opinion et la liberté d'expression.
Ainsi, l'article 11 de la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789 dispose : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » L'article 19  aussi dispose la protection de la liberté de la presse.


1- La propriété des médias français est très concentrée

a) Les médias détenus par des sociétés puissantes

Les médias qui appartenaient autrefois à des particuliers ou à des familles sont maintenant de plus en plus la propriété de sociétés privées et puissantes.
Plus de la moitié des médias imprimés et numériques français sont contrôlés par des sociétés de services financiers et d’assurance.
Grâce à des structures d’actionnariat complexes, il est très difficile d’identifier qui détient les actions d’un média. Il est donc impossible de déterminer si des préjugés externes ou des intérêts particuliers sont en jeu. La presse française est concentrée entre les mains de quelques hommes d’affaires fortunés qui s’appuient sur un manque de transparence, y compris dans la détention des parts dans les plus importants médias français.
A ce titre, il faut rappeler que la ligne éditoriale d’un journal ne se résume pas à ce qui est rapporté et comment il est rapporté, mais aussi par le contenu qui n’est pas publié.

pour voir en plus grand sur monde diplomatique

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Quelques exemples:
=> ARTE est détenue 50% par l'Etat Français et 50% par l'Etat Allemand
=> L'Etat Français contrôle à 100% 13 médias : France2, France3, France4, France5, France Inter, France Info, France24, RFI, France musique, France culture, FIP, France bleu, TV5 Monde
=> Bernard Arnault qui détient 47% des actions de LVMH qui contrôle à 100 % 8 médias : Le Parisien, le Parisien Weekend, Aujourd'hui, le Parisien économie, Les Echos, Investir, Radio Classique.
=> François Pinault qui contrôle Le Point
=> Famille Bouygues contrôle à 100 % le groupe TF1 (TF1 séries, LCI, TFX, TMC) . ll vient d'annoncer prendre une part dans le capital du groupe M6 à hauteur de 30%
=> Famille Mohn contrôle le groupe M6 (W9, Gulli, 6ter,RTL,RTL2,Funradio) et les magazines Capital, Management, Harward Business Review.
=> Patrick Drahi controle à 80% le groupe Next radio TV (BFMTV, RMC découvertes, RMC story, RMC radio). Il contrôle à 100% le journal Libération et à 50% l'Express.
=> Les augustins de l'Assomption contrôlent à 100% les journaux La Croix, Pelerin et Notre Temps.
=> Vincent Bolloré contrôle à 100% Cnews, Cstar, Canal+, C8.
=> Famille Dassault détient à 100 % les journaux Le Figaro, le Particulier, l'Expansion.


b) Le quotidien "Le Monde". Des participations multiples

Le Monde a été acheté par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé en 2010, à travers une société appelée Le Monde Libre. (Le monde, Courrier international, Télérama)
A travers trois structures juridiques dont ils possèdent chacun la propriété exclusive, chacun de ces actionnaires détenait 26,66 % du Monde libre. Les 20 % restants ont échu au groupe espagnol Prisa, qui était déjà actionnaire – minoritaire – du Monde avant 2010 et ne désirait pas alors sortir du capital. Pour autant, les parts détenues par Prisa ne confèrent à ce groupe de presse aucun pouvoir de décision dans Le Monde libre : cette structure est une société en commandite simple, une forme juridique qui permet de décorréler poids économique et pouvoir politique.
Pierre Bergé (décédé en 2017) et maintenant son compagnon Madison Cox, via Berlys Média, détient La Société Éditrice du Monde de deux manières: le groupe média détient 26,67% du Monde Libre qui détient 63,8% de La Société Éditrice du Monde. Mais Berlys Média détient également 99,99% du capital de la Société Le Monde Indépendant qui détient à son tour 14,52% de La Société Éditrice du Monde
Xavier Niel et Matthieu Pigasse avaient annoncé qu’ils s’étaient engagés à reprendre les parts de Pierre Bergé. Ce qui signifiait qu’à terme, en 2021, ils détiendraient chacun 40 % des actions du Monde libre, le solde restant entre les mains de Prisa.
Mais, en 2018, Matthieu Pigasse a annoncé qu’il avait cédé à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky 49 % des parts de la société qui abrite sa participation dans Le Monde libre, baptisée « Le Nouveau Monde ». Une évolution capitalistique qui ne bouleverse pas l’équilibre des pouvoirs au sein du Monde libre, à ceci près qu’il est raisonnable de penser que le banquier d’affaires aurait concédé au nouvel entrant une option d’achat sur le reste du capital du Nouveau Monde. En faisant jouer cette option, Daniel Kretinsky se substituerait donc purement et simplement à Matthieu Pigasse dans le capital du Monde libre.

 


c) L’opacité des médias

Ces organisations de médias privées sont statistiquement moins transparentes que leurs homologues publics. La complexité et le manque de transparence rendent quasiment impossible de reconstituer entièrement la structure de propriété d’un certain nombre de médias.
Il existe des lois qui préviennent les fortes concentrations de propriété et les biais potentiels. Selon une loi de 1986 sur la concentration de la propriété, « aucune acquisition de journaux ne sera approuvée en France dont l’entité combinée aura une part de circulation supérieure à 30%. »
Selon RSF, les groupes d’affaires fortunés peuvent avoir des intérêts qui vont à l’encontre d’un engagement en faveur d’un journalisme juste et précis. L’indépendance éditoriale et la survie économique sont menacées par les décisions managériales. Près de 100 journalistes avaient quitté iTélé devenu CNews en quelques semaines à la suite d’une grève en novembre 2016. Les journalistes étaient mécontents des décisions prises par les responsables de la nouvelle chaîne et avaient fortement  protesté.


2) Une augmentation récente de la violence

a) Des journalistes agressés pendant qu'ils font leur travail

Au cours des dernières années, les forces de police françaises ont fait état de violences documentées contre des journalistes couvrant des manifestations, entraînant une incapacité de travail et d’autres blessures.

  • Maxime Reynié, photojournaliste, a été frappé par des CRS pendant une manifestation à Toulouse en 2016 contre la loi El Khomri (relative au travail ) .
  • Michel Soudais, rédacteur en chef adjoint de l’hebdo Politis avait  reçu un coup de matraque de la part d’un CRS en 2017.
  • En 2019, plusieurs journalistes indépendants ont fait état de violences policières à leur égard lors de l'acte 23 des Gilets jaunes. Selon plusieurs journalistes indépendants, certains de leurs confrères ont fait l'objet d'interpellations malgré leur brassard presse, leur casque blanc ou encore leur matériel. Le journaliste indépendant Gaspard Glanz , même si celui-ci n'est pas "tout blanc" , avec des reportages violents et provocateurs, a été blessé aux jambes par 5 éclats de grenades désencerclantes fin 2019 en couvrant une manifestation contre la réforme des retraites. Le journaliste indépendant Alexis Kraland, lui aussi habitué à suivre les Gilets jaunes, a également fait l'objet d'une interpellation devant la gare du Nord

Bien qu’ils se soient identifiés comme des membres de la presse, ces journalistes ont été ciblés et attaqués. La sécurité des journalistes n’est jamais garantie lorsqu’ils couvrent des événements dangereux, mais il n’y a aucune raison pour que la police attaque les personnes qui font leur travail.
RSF a soumis ces affaires à l’Ombudsman français ( le défenseur des droits ) pour enquêter les violences perpétrées par les forces de sécurité contre des journalistes qui ne faisaient que leur métier.

b) Comment en est-on arrivé là ?

La liberté des médias français est apparue aux yeux de certains observateurs réduite depuis l'accession au pouvoir présidentiel de Nicolas Sarkozy (en ). La Télévision suisse romande a diffusé en un documentaire traitant du pouvoir de Nicolas Sarkozy sur les médias français. Sarkozy vampire des médias.
Depuis le en France, la liberté de la presse est reconnue et étendue aux « blogueurs » par la jurisprudence à la suite du procès Antoine Bardet, alias « Fansolo ». Après sa défaite en première instance contre Serge Grouard, maire UMP d'Orléans, confirmée en appel, la Cour de cassation lui donne raison au regard de la loi du relative à la liberté de la presse. Cette décision est une reconnaissance à l'ensemble des blogueurs la protection de ladite loi généralement réservée aux seuls médias traditionnels.
Les inquiétudes pour la liberté de la presse en France sont reflétées par le classement annuel établi par l'association Reporters sans frontières. Celle-ci a classé la France 38e en 2011, 45e dans son classement 2016, contre 35e en 2008 et 31e en 2007. En 2019 , elle est 39ème. Le mauvais classement de la France s'explique notamment par les différentes lois présentées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme par le gouvernement Valls et par le manque d'indépendance des médias, ceux-ci étant caractérisés par « une très forte relation entre les puissances industrielles et les propriétaires des médias, qui sont souvent les mêmes ». Outre la concentration des médias aux mains d'acteurs financiers, la position de la France s'explique également par les « exactions » subies par les professionnels du secteur tel l'attentat contre Charlie Hebdo survenu en .
Le projet de loi relative au renseignement est étudié dès pour prévenir la menace terroriste. Entrée en vigueur le , cette loi est qualifiée par ses détracteurs de liberticide, et a été déférée par 200 journalistes de la presse judiciaire à la Commission européenne des droits de l'homme.
En , l'historien de la presse Alexis Lévrier indique qu'« il est objectivement plus difficile d’exercer le métier de journaliste depuis l’élection d’Emmanuel Macron ». Les atteintes à la liberté de la presse se sont notamment manifestées avec la perquisition des locaux du journal Mediapart et la convocation de plusieurs journalistes accusés d'avoir divulgué des informations ayant trait aux ventes d'armes françaises à l'Arabie saoudite.
Du 17 au , l'Assemblée nationale examine la proposition de loi relative à la sécurité globale, soutenue par le gouvernement. D'après Greenpeace, si une telle loi entrait en vigueur en l’état, elle constituerait une grave atteinte au droit à l’information, au respect de la vie privée, et à la liberté de réunion pacifique, trois conditions pourtant essentielles au droit à la liberté d’expression. Dans une tribune, nombre de journalistes et médias rappellent que « la possibilité de filmer et diffuser des images des forces de l’ordre est essentielle à l’État de droit », et que la liberté de la presse est un contre-pouvoir essentiel de la démocratie. Selon Amnesty International, cette proposition de loi conduirait la France à ne pas être en conformité avec ses engagements internationaux en matière de droits humains.


 


Influence des élections de 2017

La campagne présidentielle électorale de 2017 a été tendue et les médias ont fait face à la tension émis par des candidats. Les menaces et l’hostilité dont les médias ont fait l’objet pendant les élections n’ont fait que réduire la liberté de la presse.

Lors des réunions de François Fillon, des journalistes auraient été insultés, agressés physiquement et leur équipement a été endommagé. Lors d’un événement de campagne à Nice, les journalistes ont subit des crachats et des bousculades selon les rapports.

Jean-Luc Mélenchon a aussi attaqué verbalement les médias pendant sa campagne, insultant les journalistes et appelant à un « tribunal professionnel de la presse ».

Le Front national a interdit des journalistes de Mediapart et de TMC qui souhaitaient couvrir l’annonce de campagne officielle de Marine Le Pen en septembre 2016, affirmant qu’ils la traitent différemment.

Quand les médias ne sont pas autorisés à faire un reportage sur une campagne politique d’un grand politicien, il y a atteinte à la liberté de la presse. D’être menacé, humilié ou blessé est une atteinte grave aux droits des médias.

Voici pourquoi la France est 39ème de ce classement sur la liberté d’informer. La fermeture de la salle de presse de l’Élysée annoncée le 28 mars 2018 confirme une tendance qui dépasse les clivages politiques. Les responsables et les garants de la démocratie devraient pourtant se souvenir, que sans liberté d’investigation, sans liberté de critiquer, il n’y a point d’éloges flatteurs. Et même si la France est deuxième pour l’influence culturelle, cinquième pour l’éducation, elle n’est que 39ème pour la liberté de la presse.

Christophe Deloire : "La liberté de la presse en France n'est pas fameuse, si on regarde le classement mondial de la liberté de la presse que publie Reporters sans frontières, puisqu'elle est classée 34ème sur 180 pays. Ce n'est pas totalement nouveau, mais il y a des facteurs de fragilisation. La situation française est marquée - par rapport, y compris à des pays voisins - par des interférences capitalistiques assez fortes. Ce que l'on appelle des concentrations verticales : le fait que des médias appartiennent à des groupes qui ont d'autres intérêts et ça crée des conflits d'intérêts. Elle est liée à un climat politique : on le voit dans des meetings électoraux, dans les propos de responsables politiques parfois acrimonieux à l'encontre des journalistes. Elle est liée aux insuffisances du cadre légal en matière de protection des sources. Elle est liée à l'intolérance religieuse : n’oublions pas qu'une rédaction a été décimée et qu'elle l'a été du fait de l'intolérance religieuse. Je fais référence évidemment à Charlie Hebdo. Et enfin, de manière plus récente, avec des violences policières, des centaines de violences policières ou de violation de la liberté de la presse par la police à l'encontre des journalistes, avec des saisies de matériel, des gardes à vue et parfois des violences tout court, des journalistes molestés."

L’article 24 de la loi sur la sécurité globale

Des critiques ont récemment été formulées contre Reporters sans frontières, expliquant que l’organisation avait tardé à réagir et notamment sur cette fameuse loi de sécurité globale et son article 24. 

Christophe Deloire répond : "On a totalement fait le boulot, depuis le début, en disant les choses clairement. Mais dans un débat polarisé, la recherche de la mesure peut passer pour de la candeur. La recherche de l'efficacité peut passer parfois pour un manque d'indignation, à une ère où chacun croit que l'indignation seule suffit. Mais nous, partout dans le monde - vous parliez de cette cérémonie qu'on organise aujourd'hui à Taïpei, à Taïwan, et on travaille beaucoup en Asie comme sur tous les continents - on se rend compte que l'indignation seule ne suffit pas, qu'il faut établir des rapports de force par les médias, par la couverture des faits, par la dénonciation. Mais il faut aussi être dans une forme d'engagement direct avec les pouvoirs - ce qu'on appelle l'engagement direct, c’est le fait de discuter."

Dans un débat polarisé, la recherche de la mesure peut passer pour de la candeur. La recherche de l'efficacité peut passer parfois pour un manque d'indignation. Christophe Deloire

Christophe Deloire poursuit : "Le langage de l'efficacité, c'était de demander - je crois manifestement qu'on est en passe de l'obtenir - que cet article 24 soit retiré tel qu'il était rédigé. C’est un article extrêmement dangereux pour deux types de raisons : il était menaçant pour une raison de fond, parce que pour la première fois, un délit d'expression était fondé exclusivement sur une intention et pas sur un contenu lui-même. Et enfin, on observe que dans les manifestations, des policiers s'affranchissent des lois ou instrumentalisent les lois pour réduire le droit d'informer et donc il y avait un danger."

A propos des dangers de l'article 24 :

Un délit d'expression était fondé exclusivement sur une intention et pas sur un contenu... et aussi, parfois, des policiers s'affranchissent des lois ou instrumentalisent les lois pour réduire le droit d'informer. Christophe Deloire

Une vision du journalisme

Christophe Deloire : "On a été critiqué notamment de la part de personnes que nous ne défendons pas parce que de notre point de vue, nous avons des lignes rouges : nous ne faisons pas le tri entre les journalistes, mais nous avons une vision exigeante du journalisme et le journalisme est fondé sur les méthodes professionnelles et sur les règles éthiques."

A une période d'explosion de la communication où tout le monde a une caméra, peut enregistrer, peut diffuser des images extrêmement intéressantes, même d'utilité publique, on doit s'attacher à défendre une vision exigeante du journalisme. Christophe Deloire

Il précise : "Il y a beaucoup de nouveaux profils de journalistes et c'est heureux. Heureusement que le journalisme est en train d'évoluer. Mais on ne saurait accepter que des gens qui menacent, qui profèrent des diffamations, qui ne vérifient pas, qui insultent, soient considérés comme des journalistes. Et nous, nous considérons que la ligne rouge c'est cela. Dans les manifestations, il y a beaucoup de jeunes journalistes qui font leur travail, travaillent avec des règles d'honnêteté, ont des méthodes professionnelles, utilisent le contradictoire. Et puis, il y en a d'autres, dont l'activité a sans doute un rôle social, mais s'assimile plus à l'activisme. Notre choix, dans l'ensemble du monde, pas en France, absolument partout, c'est de porter une vision exigeante du journalisme en nous disant qu’à une période d'explosion de la communication où tout le monde a une caméra, peut enregistrer, peut diffuser d'ailleurs de temps à autres des images extrêmement intéressantes, même d'utilité publique, on doit s'attacher à défendre une vision exigeante du journalisme qui est fondée sur ce que je disais, des méthodes professionnelles et des règles éthiques." 

Le journalisme militant fait-il partie du journalisme ?

Christophe Deloire : "Il y a des lignes éditoriales différentes et dans l'ensemble du monde et en France, nous défendons des médias qui ont une ligne éditoriale, qui peuvent être très contradictoires. Mais à chaque fois, nous prêtons attention à ce que ceux que nous défendons ne travaillent pas pour un parti politique, pour une entreprise, pour un groupe religieux ou simplement ne colportent pas des rumeurs ou des insultes. C'est cela l'utilité sociale du journalisme. L'utilité sociale du journalisme, c'est d'être des tiers de confiance. Si il suffit d'avoir une caméra ou un micro ou un stylo pour être considéré comme un journaliste, ça veut dire qu'un propagandiste d'Etat est journaliste. Ça veut dire que le communicant d'une entreprise est journaliste. Ça veut dire que le militant d'un groupe religieux est journaliste."

L'utilité sociale du journalisme, c'est d'être des tiers de confiance. Christophe Deloire

"Le journalisme d'opinion fait partie du journalisme. Mais l'opinion doit être détachée du fait de rendre service. Elle ne doit pas être corrompue, ni par le fait d'être partisan, au sens d'avoir un attachement à un parti ou à des intérêts. Dans le débat public aujourd'hui, du fait de la digitalisation de l'espace, il y a un risque qu'on se retrouve tous confrontés, en tant que citoyens, à des propagandes diverses. Ici, la propagande d'un Etat, la propagande d'une entreprise, d'un groupe, d'une association… Les méthodes du journalisme ont été inventées à la fin du 19ème siècle, sa professionnalisation, ses règles d'éthiques servent à ça, c'est-à-dire à ce qu'on puisse déléguer finalement notre confiance."

L'opinion (du journaliste) doit être détachée du fait de rendre service. Elle ne doit pas être corrompue, ni par le fait d'être partisan, au sens d'avoir un attachement à un parti ou à des intérêts. Christophe Deloire

Le journalisme face à la crise du covid 

Pour la première fois dans l'histoire des démocraties, tous les contenus sont en concurrence directe. C'est un danger énorme. Christophe Deloire

Christophe Deloire : "On est dans un moment très clair - et la crise du covid l’aggravé - où il y a une multiplicité de crises qui affectent le journalisme : une crise géopolitique avec des régimes despotiques qui veulent instaurer leur ordre mondial des médias (la Chine) ; une crise démocratique avec une polarisation, une chute de la confiance ; une crise économique des médias qui est profonde et qui menace sa pérennité ; et une crise technologique qui fait qu'aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire des démocraties, tous les contenus sont en concurrence directe. C'est un danger énorme. Nous avons besoin de sécuriser cette fonction sociale et c'est pour ça que Reporters sans frontières a lancé des initiatives qui sont aussi structurelles, qu'on est parfois force de propositions. Et tout cela dans la plus grande indépendance."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Publié dans Econ-polit-social

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