Mes hommages à ma mère

Publié le par TT

Cette année,le 3 juillet, ma mère aura 100 ans! Celà vaut bien un petit hommage. 100 années de vie ce n'est pas rien. Elle a traversé le 20ème siècle avec ses changements et ses bouleversements. Et si elle ne comprend pas tout ce qui se passe durant ce 21ème siècle, elle conserve tout sa tête même si elle a toujours eu des préjugés très conservateurs. Question de générations.

100 années en quelques lignes:
1- De sa naissance à ma naissance
2- Marseille-Ecrouves-Basse-Terre - Nancy
3- 2011, son anniversaire fêté à Nancy
4- 2017, maman a 96 ans
5- 2019, maison de retraite à St Vrain
6- 2021 , 100 ans !!!

7- Pour la vaccination !!

A l'occasion de la fête des grand-mères, ce 7 mars, j'y ai rajouté quelques photos
Mes hommages à mon père


Le 3 juillet 2021, maman a fêté ses 100 ans. Nous étions 13 autour de la table à la résidence d'Hautefeuille pour commémorer cet anniversaire. A cause du Covid, il ne fallait pas dépasser cette jauge.
La résidence avait préparé la salle, fait un grand gâteau d'anniversaire, champagne et boissons. La mairie de St Vrain avait également participé.
Autour de la table: Papy, Mamie, Jérome, Marie Christine, Thierry, Alzira, Vincent, Caroline, Alexandra et Lucien, Damien , Anthony et Eloïse.

Plusieurs cartes avaient été reçues accompagnées de quelques photos de la part des amis de Nancy, Deuil la Barre , Savigny, La Rochelle, Caen,  et d'anciens amis de la Guadeloupe et aussi de la famille, toutes ses nièces. Tous se reconnaitront. Merci à tous. 

Nous étions contents de nous réunir tous autour de mamie et papy. Mamie a soufflé ses 3 bougies (on l'a un peu aidé). On a tous vu dans ses yeux qu'elle était contente de nous voir tous réunis. Elle nous a tous reconnu.
Ce moment, trop court malheureusement, était rempli d'émotion partagée par tous.

Nous étions 11 autour de Mamie et Papy en ce 3 juillet 2021Nous étions 11 autour de Mamie et Papy en ce 3 juillet 2021

Nous étions 11 autour de Mamie et Papy en ce 3 juillet 2021

Mais si vous ne connaissez encore bien notre mamie préférée, prenez un peu de temps et découvrez quelques étapes de sa vie.


 

1) De sa naissance à ma naissance

a) Sa jeunesse - 1921 à 1941

Ma mère est née en 1921 à Alger. C'était l'époque coloniale et les français s'y sentaient chez eux. Son père, Albert, de religion juive, était ingénieur des tabacs et sa mère, Elise, fervante catholique, restait au foyer. Ils se sont mariés en 1920.
Ma mère a été dans différentes écoles privées d'Alger, écoles payantes car ses parents étaient assez aisés, comme beaucoup de français vivant à Alger à cette époque.
Devenue scout dès l'âge de 8 ans , elle devenait première cheftaine à 15 ans.
A 20 ans, elle rentrait dans une école d'infirmière pour obtenir son diplôme d'infirmière à  24 ans.

b) Son premier mariage en 1945

Avant d'obtenir son diplôme d'infirmière, durant son apprentissage, elle a du se rendre à Paris, en 1944, pour faire un stage à la Croix Rouge Française. C'était l'année de la libération de Paris et la Croix rouge française était en première ligne. A Paris, elle était hébergée par sa tante, dans le 15ème arrondissement, avenue de la Motte Picquet.
C'est à Paris, qu'elle allait rencontrer son premier mari, Georges Le Ouay, peintre, qui ne cessait de lui faire des portraits admirables. Sous le charme de l'artiste, elle allait succomber à ses avances et le mariage était déjà programmé. A 24 ans, l'année de son diplôme d'infirmière, elle avait la bague au doigt.

Infirmière Yvette Nathan
Infirmière Yvette Nathan


Georges Le Ouay était aussi militaire dans l'armée française.
IL était catholique, elle était protestante.

c) Son retour à Alger en 1946

A la fin de la guerre, à la demande de ses parents, elle revient à Alger avec son mari. Ils ont un enfant mais celui-ci meurt un mois après sa naissance.
Ils repartent pour Paris en 1947. Elle est officiellement désormais infirmière des Hopitaux de Paris avec la Croix rouge française.
En 1948, elle est à nouveau enceinte mais son enfant accouche au 5ème mois de grossesse et meurt quelques jours après.
En 1949, rien ne va plus entre elle et son mari. Elle demande la séparation puis le divorce. En 1950, elle est célibataire et accepte la proposition de la Croix Rouge Française d'une mission au Congo Brazzaville.

période Brazzaville

 

 

 

Maman à l'hôpital de Brazzaville maman toujours à Brazzaville La pause déjeuner


Elle dispose d'une bonne prime pour aller là bas et en plus, cerise sur le gâteau, elle a un bon salaire. Durant 2 années, elle a bien gagné sa vie mais en contrepartie, elle avait beaucoup de travail, sous un climat très chaud. En 1952, elle a donc demandé de rentrer sur Paris. 
Le temps de récupérer ses affaires qu'elle avait laissé chez sa tante, avenue de la Motte Picquet, elle rentre à Alger chez ses parents. Elle a 31 ans.

avenue de la Motte Picquet

 

d) 1953 - 1959 - une autre vie commence

Alger est déjà sous tension depuis un moment. Son frère René, 30 ans à l'époque, était déjà cadre dans le public, à la Sécurité Sociale à Alger à un poste de direction générale. 1954, c'est le début de la guerre en Algérie.
Entretemps, Yvette, c'est son prénom, se fait rembaucher par la Croix Rouge Française à Alger au vu des circonstances.
Albert, son père était très malade et il mourut en 1956.
On est en 1957 et Yvette, 34 ans, rencontre Jacques, militaire de l'armée française, 5 ans plus jeune qu'elle. Elle tombe sous le charme de ce beau militaire. D'autant que l'anecdote du "concerto de l'empereur" est restée dans mon esprit depuis déjà plus de 50 ans, date où je l'ai entendu pour la première fois. 
Jacques l'invite au restaurant en lui offrant au préalable un cadeau, un 33 tours du concerto de l'empereur de Ludwig van Beethoven. Maman, je ne vous l'avais pas dit, était musicienne, pianiste et également très mélomane et adorait la musique classique. Jacques ne parlait que de musique, de Beethoven qu'il adorait, Mozart aussi, et même Chopin. Il lui sifflotait quelques airs bien connus. Yvette était vite tombée sur le charme de ce mélomane averti et une relation amoureuse était née.

A Alger, Chantal et Patricia, ses deux nièces, filles de son frère René se souviennent :
"Nous nous souvenons de Tata Yvette jouant du piano au 3 rue Suffren à Alger et imitant avec fougue (pour nous amuser, moi et Chantal qui étions dans la même pièce), tous les animaux de la terre..On se souvient surtout de la poule. C'était très drôle et on trouvait Tata Yvette très gaie et apportant de la joie autour d'elle"
Yvette et Jacques décidèrent de rester ensemble et partir pour Marseille où ils ont habité jusqu'en 1963.
Jacques revenait pour les week end "libérables" à Marseille et repartait pour Alger pour une période indéterminée pour faire la guerre, cette fameuse guerre d'Algérie qui allait se terminer en 1962.
En 1959, sa maman Elise (ma grand mère) décède à l'âge de 65 ans. Yvette est enceinte et est sur le point d'accoucher à Marseille.
Je nais le 31 octobre 1959.

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encore d'autres photos d'avant 1950 encore d'autres photos d'avant 1950 encore d'autres photos d'avant 1950
encore d'autres photos d'avant 1950

encore d'autres photos d'avant 1950


2) Marseille - Ecrouves - Basse Terre - Nancy

a) Marseille - 1959 à 1963

Je n'ai aucun souvenir de cette période. Mon frère est né en 1961, à Marseille aussi et donc mes parents ont donc vécu 4 ans à Marseille, comme de nombreux pied-noirs après la fin de la guerre d'Algérie.
Mon père était militaire, vous vous souvenez. Et les militaires peuvent être affectés à des casernes différentes. Ce fut le cas de mon père qui fut affecté à Ecrouves, au 15ème Régiment du génie de l'air à partir de 1963.

b) Ecrouves - 1963 à 1971

Nous avons habité dans une maison à Ecrouves, pavillon E.U.R, maison qui appartenait au 15ème régiment

Maman, Thierry et Jérome à l'arrivée à Ecrouves en 1963
Maman, Thierry et Jérome à l'arrivée à Ecrouves en 1963

d'Ecrouves Bautzen  qui était en face de nous.
Entre Marseille et Ecrouves, la température allait être différente et il fallait nous habituer à des températures plus hivernales.
L'école primaire, où ma mère nous amenait se trouvait juste en face de l'entrée de la caserne.

Entrée de la caserne du 15ème RGA à Ecrouves
Entrée de la caserne du 15ème RGA à Ecrouves

De 1966 à 1968, mon père est parti en mission à Tahiti. Ma mère est restée toute seule durant plus de 18 mois à s'occuper de mon frère et moi qui avions 5 et 7 ans. Elle s'occupait de nous emmener à l'école, de nos devoirs , de la maison , du jardin et bien d'autres choses. Nous avions une institutrice, Mademoiselle Legris, qui avait des méthodes d'éducation qui , de nos jours , ne seraient plus autorisées. De plus , à cette époque nous n'avions pas de voiture. Et quand il fallait se rendre à Toul, nous devions prendre le bus qui passait devant chez nous.
Mon père est rentré courant 1968 et cette même année, nous roulions pour la première en voiture, une Renault 16 !!.
1971, c'était pour moi l'entrée au collège que je devais faire à Toul. Une année seulement car l'année suivante une autre aventure nous attendait.

c) En Guadeloupe - 1971 à 1974
mon ancienne maison

Mon père, militaire, était muté au SMA (service militaire adapté) de Basse Terre. Nous avions une petite maison, dans un quartier pavillionnaire entre Basse Terre et Saint Claude. D'ailleurs , en voyage en Guadeloupe en 2015, je suis passé devant la maison qui n'a pas vraiment changé.
Nous n'avions que de bons souvenirs de ces 3 années passées là bas. Ma mère faisait tout pour que nous gardions un bon niveau en musique mais la cause était désespérée. Cependant, grâce à sa ténacité , mon frère et moi avons acquis un niveau de musique suffisant pour nous permettre d'être à l'aise sur un piano.
C'est aussi à cette période là que ma mère , protestante, nous a amené tous dans une petite église évangélique, à Saint Claude.
Ci dessous un petit album de photos , 1971 versus 2015 .
Alzira et moi , on a été en Guadeloupe en 2015 sur les traces de mon séjour il y a 40 ans. En savoir plus sur ce périple.

d) De retour à Nancy - 1974 à 2013
Clos de medreville

Mes parents sont revenus à Nancy, pour y rester finalement, c'est du moins ce qui semblait être dans leurs plans. Ils ont habité au clos de Medreville, un complexe d'appartements à Nancy, à coté de Laxou.
Mon frère et moi avons fait donc le lycée à Nancy, nos études aussi. 
Maman donnait beaucoup de cours de piano, elle a eu jusqu'à 35 élèves qui passaient à la maison ( elle ne donnait des cours qu'à la maison) , c'est dire les nombreux passages au salon où il nous était interdit d'y entrer, confinés dans nos chambres pour y étudier (pas d'ordinateur à l'époque).
Elle était également infirmière, adhoc, où elle pouvait être appelée en fonction de ses disponibilités. En résumé, ma mère est une bosseuse, elle a travaillé dur toute sa vie et elle aimait celà.
Je pense que c'est dans les gênes des Nathan, car son frère René, décédé il y a 4 ans , était lui aussi un bosseur et sa carrière professionnelle fut un succès, à mes yeux. Il a été très longtemps directeur général de la Sécurité Sociale et a assuré aussi des missions de conseil et d'étude dans le cadre du Bureau International du Travail (BIT) qui l'ont amené à faire des voyages en Afrique, à Haiti, etc.J'ai toujours été en admiration devant mon oncle, sur ce qu'il a fait et sur ses connaissances. Il me manque.
A partir de 1983, ils étaient déjà seuls dans l'appartement car moi et mon frère étions déjà partis, volant de nos propres ailes.


3) 2011 - Son anniversaire fêté à Nancy

Ce fut la surprise pour notre maman de 90 ans. Ses enfants, Jérome et Thierry, ses belles filles, Kiki et Alzira, ses petits enfants, Benjamin, Vincent, Caroline, Damien, Alexandra, sa nièce, Chantal, nos amis de toujours Jo et Patrick et leurs enfants Anthony, Jeffrey, Maelys et quelques amis de longues dates de mes parents.
Elle ne savait pas jusqu'à l'entrée dans la salle. Ce fut une vraie surprise et une vraie joie de nous retrouver tous.

 

Tous autour de la table pour l'anniversaire de mamie - 90 ans
Tous autour de la table pour l'anniversaire de mamie - 90 ans

 


4) 2017 - maman a 96 ans !

96 ans, qui l'eut cru ! . Et ma petite maman est en pleine forme. Du moins presque car elle souffre toujours physiquement dans son corps et plus particulièrement son pied et sa jambe depuis plus d'une décennie. De plus, elle souffre d'une dégénérescence des cellules ce qui lui a paralysé ses doigts de la main ne pouvant plus jouer de piano depuis. Elle marche donc avec un déambulateur. Mais elle reste toujours en pleine forme car elle parle, elle parle et elle parle. Celà fait plaisir de la voir toujours joyeuse ( sauf le matin quand elle se réveille mais comme personne ne la voit tout va bien).
Papa et maman habitent depuis 2013 le neuf un. Ils s'y sont habitués et parce que leurs enfants et petits enfants sont sur la région parisienne.

 

ma maman en 2017
ma maman en 2017

 

 

Papy et mamie à Toul en 2013, à l'aube de leur départ à Morsang sur Orge.Papy était en forme, il n'avait pas eu ses 2 AVC. Mamie toujours souriante. Nous étions en promenade à Toul à 20 km de Nancy
 

5) 2019 - maison de retraite à St Vrain

Le 15 janvier 2019, quelques mois après que papa soit rentré à St Vrain, maman , se sentant seule, même si les parents ont toujours eu depuis qu'ils sont sur Paris des aides à domicile suffisantes tous les jours et 2 infirmières qui venaient le matin et le soir pour s'occuper des soins quotidiens, maman réclamait de rentrer dans la même maison de retraite de papa pour être à ses côtés, maman est accueillie à la maison de retraite de St Vrain.
Sa chambre est au 1er étage, non sécurisé, alors que papa est au rdc, dans un endroit sécurisé ou il n'y a que 11 résidents. Le médecin a permis qu'il se voit tous les jours, et par intermittence, papa monte à l'étage rejoindre maman ou c'est maman qui descend rejoindre papa, entre 16h et 18h30 . Ils sont toujours accompagnés.
Le personnel de la maison de retraite est formidable et Maman se sent bien là bas. A 98 ans, le 3 juillet 2019, même si elle ne marche plus comme une gazelle, elle parle , rit, discute avec tout le monde, parle plus qu'écoute cependant à cause de ses problèmes d'audition, mais qui n'en aurait pas à son âge.

 

Papa et maman à St Vrain, résidence de Hautefeuille dans le 91


6) 2021 - 100 ans !!!

Bien que maman passe par une période difficile, avec une infection pulmonaire qui ne lui permet pas de respirer normalement, elle garde toujours sa bonne humeur.
Le 3 juillet, elle aura 100 ans.  Cette espérance la tient debout, entres autres. Car elle s'en remet toujours à Dieu et elle en parle autour d'elle aussi.
Les visites sont toujours bien réglementées à cause de la crise du Covid. . Durant la période de confinement, des réunions "Zoom" avaient été programmées. Jérome et Marie Christine, fils et belle fille étaient au rendez vous de ces premières conférences Zoom. Thierry et Alzira en ont fait quelques une ensuite.
Mais, bon, pour maman , rien ne remplace le contact physique et quand les 1ères visites ont été autorisées, elle était très contente de nous revoir.

 

Maman , janvier 2021

 

Janvier 2021 , maman lors d'une de nos visites à ST Vrain. Nous ne pouvons pas la voir dans sa chambre. Seulement dans une salle réservée pour les visites.

 


7) Pour la vaccination

Maman, avant d'être une professeur de piano reconnue à Nancy, était infirmière. Infirmière à Paris, puis au Congo Brazzaville puis à Alger et enfin à Marseille puis Nancy.
Dans la photo ci dessous, elle se faisait vacciner dans un hôpital à Alger.
Elle vient d'avoir sa seconde dose du vaccin anti Covid, comme tous les résidents de St Vrain.
Durant tout mon enfance, je me rappelle qu'elle était très attentionnée avec notre carnet vaccinal pour que les rappels s'effectuent dans les temps. Et même beaucoup plus tard, elle me demandait si j'étais à jour sur mes vaccins, sur quoi il faut reconnaitre que je n'y ai jamais attaché beaucoup d'importance. Tout un débat.

 

 

Publié dans famille,couple

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