Mes hommages à mon père

Publié le par TT

En cette année 2021, mon père (Jacques) aura 95 ans, le 8 février. 95 ans de vie sans doute pas toujours facile. Issu d'un milieu pauvre, il a fait carrière dans l'armée française. L'image que j'ai de lui durant ma jeunesse est celle d'un homme autoritaire, d'un militaire quoi, mais qui s'est adouci au fil des années, lui reconnaissant une sensibilité qui m'étonnait de jour en jour. Son intérêt dans les Saintes Ecritures à partir des années 1980 et sa conversion y ont été certainement pour quelque chose.

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95 années en quelques lignes:

1- En préambule
2- De sa naissance à ma naissance
3- Marseille-Ecrouves-Tahiti - Ecrouves
4- La Guadeloupe - 1971-1974
5- Nancy : 1974-2013
6- St Michel sur Orge : 2013-2018
7- La maison de retraite à St Vrain + une petite vidéo de 2020


1) En préambule

Papa a 95 ans. 95 ans c'est un bel âge pour un homme. Papa a bourlingué pas mal finalement, durant sa jeunesse, sa période militaire, et disons jusqu'à sa retraite de militaire autour de 45 ans, dans les années 80's. Ensuite il a plutôt eu une période "pépère", à Nancy d'abord, puis à St Michel sur Orge et enfin depuis deux ans maintenant à maison de retraite de St Vrain (dans l'Essonne). L'année 2020, une année assez spéciale pour les résidents d'Ephad, entres autres, était assez difficile car nous avons eu moins d'opportunités d'aller le voir. Mais il va bien et le personnel de l'établissement s'occupe très bien de lui. 
Mais revenons en arrière, dès 1926, où je vais tenter de raconter en quelques mots son parcours de vie, riche en expérience diverses.


2) De sa naissance à ma naissance

a) Sa jeunesse - 1926 à 1947

Cette période de sa jeunesse reste un peu floue, non pas qu'il ne se rappelait pas l'intégralité de ces moments là, mais plutôt sa retenue pour nous la raconter, tant cette période n'était pas glorieuse à ses yeux. Un père inconnu, une mère issue du milieu des gens du voyage.
Il a aussi traversé la 2nde guerre mondiale, même s'il était encore adolescent. C'était un "débrouillard" et même si on ne connait pas tout sur cette période de sa vie, on imagine bien qu'il arrivait toujours à se sortir de situations difficiles.
Très vite, il faisait des petits boulots, vivant essentiellement à Paris ou ses environs.
Il a un moment travaillé dans le milieu du théâtre, où il aidait à installer les scènes.
Cependant, très vite, s'engager dans l'armée française, était pour lui la meilleure issue et a donc commencé ses armes en France.

b) La guerre d'Indochine - 1949 à 1952

On imagine que papa, à cette période, a été affecté dans une caserne du sud de la France. Entretemps, la guerre éclate au grand jour à la fin 1946, quand le Việt Minh tente un coup de force contre les Français puis prend le maquis. Plusieurs années de guérilla opposent alors le Corps expéditionnaire français à l’Armée populaire vietnamienne, force armée du Việt Minh, qui passe progressivement à une guerre de mouvement de plus en plus audacieuse.
Papa partira pour la guerre d'Indochine, on pense aux alentours de 1949. Il y restera 3 bonnes années. Là bas à Saïgon, il recevait des lettres d'une française de plus en plus souvent.
Durant une permission, il a voulu retrouver cette personne dont il admirait ses lettres, tant elles étaient bien écrites. C'est en 1952 qu'il rencontre Elise et décident de se marier en cette même année.

Papa en 1952 à Saïgon Papa en 1952 à Saïgon
Papa en 1952 à Saïgon

Papa en 1952 à Saïgon

c) Une ville de famille à Avignon - 1953 à 1955

L'année suivante, naissait sa première fille Christine, en 1953. Cette année-là, il décidait de rester à Avignon et avec l'argent qu'il a économisé et gagné pour avoir fait la guerre d'Indochine, il a pu acheter une maison à Avignon. Elise et papa vivaient heureux, jusqu'en 1954, année de tous les dangers où allait commencer une des guerres la plus atroce que la France et l'Algérie allaient subir.

d) Militaire en Algérie - 1955 à 1959

Le 1er novembre 1954, c'est le début de la guerre d'Algérie. On imagine donc bien que papa faisait partie des premiers militaires à y aller, car les contingents militaires du sud de la France étaient le plus près. Il était déjà adjudant et responsable de troupes qui allaient au front des combats.
Il arrivait à obtenir des permissions et c'était pour lui l'occasion de revenir sur Avignon retrouver Elise et sa première fille Christine qui avait 2 ans en 1955.
Et comme il ne perdait pas de temps, Véronique naissait en 1954 et sa troisième  fille Marie-Anne naissait en 1956.
Etant éloigné d'Elise, mis à part le temps de quelques permissions, il allait rencontrer, à Alger, celle qui sera sa seconde et dernière femme, Yvette, alors infirmière, qui s'occupait des blessés de guerre. Et pour la conquérir, il inventa tous les stratagèmes, lui qui venait d'un milieu pauvre et elle d'une famille bourgeoise dont les parents étaient propriétaires d'un immeuble entier à Alger. Yvette faisait du piano et a toujours été "baignée" dans la musique classique.
Une fois, Jacques l'invita au restaurant en lui offrant au préalable un cadeau, un 33 tours du concerto de l'empereur de Ludwig van Beethoven. Jacques ne parlait que de musique, de Beethoven qu'il adorait, Mozart aussi, et même Chopin (alors que la veille il n'avait jamais entendu parler de ces 3 personnages). Il lui sifflotait quelques airs bien connus (appris le matin). Yvette était vite tombée sur le charme de ce mélomane averti et une relation amoureuse était née.
Yvette et Jacques décidèrent de rester ensemble et partir pour Marseille où ils ont habité jusqu'en 1963.
A quel moment il a décidé de quitter Elise et ses deux enfants, je ne le sais pas exactement. C'est également une période un peu floue.
Je nais le 31 octobre 1959.

papa et maman en Algérie en 1957

papa et maman en Algérie en 1957


3) Marseille - Ecrouves - Tahiti - Ecrouves

a) Marseille - 1959 à 1963

Je n'ai aucun souvenir de cette période. Mon frère est né en 1961, à Marseille aussi et donc mes parents ont donc vécu 4 ans à Marseille, comme de nombreux pied-noirs après la fin de la guerre d'Algérie.
Papa a du être affecté à une caserne sur Marseille à son retour d'Alger. Il n'allait pas rester très longtemps car il fut muté à Ecrouves, au 15ème Régiment du génie de l'air à partir de 1963.

b) Ecrouves-Bautzen - 1963 à 1966

Nous avons habité dans une maison à Ecrouves, pavillon E.U.R, maison qui appartenait au 15ème régiment.
Le 15ème régiment du génie de l'air était un régiment de l'armée de Terre de l'arme du Génie, mis à disposition du commandement de l'Armée de l'air. Le régiment était basé à Ecrouves près de Toul, avenue du 15è Génie. Ecrouves se divise en 4 quartiers et la caserne Thouvenot se situait dans le quartier de Bautzen. Elle était la base aérienne 551.
Le 1er octobre octobre 1963 fut formé la 115ème compagnie de Marche du Génie de l'Air, mise à disposition du Commandement interarmées en vue de son emploi au centre d'Expérimentations du Pacifique (CEP), dans le cadre des essais nucléaires français en Polynésie Française. Les embarquements se faisaient au Havre.
Papa fut donc rattaché à la 115ème compagnie. Il n'alla donc pas tarder à être muté en Polynésie pour une mission de 18 mois.
Amicale des anciens du15ème RGA

c) Tahiti - 1966 à 1968

Embarquement au Havre, direction Tahiti en Polynésie Française.
Papa a participé aux essais nucléaires aériens à Moruroa entre 1966 et 1968. Le 2/7/1966 c'était le 1er essai nucléaire aérien sur l'atoll de Moruroa . Il sera révélé dans les années 1990 que les retombées constatées sur les zones étudiées étaient comparables à celles mesurées après la catastrophe de Tchernobyl. La population locale et les soldats présents étaient maintenus dans une ignorance totale. Aucune mesure n'avait été prise pour les protéger. Il est donc possible que papa aurait été contaminé, on ne le saura jamais.
A son retour à Bautzen, ayant reçu une bonne prime, nous avions eu notre première voiture, une Renault 16. Prêts pour partir en vacances.

Association des vétérans des essais nucléaires

d) Ecrouves-Bautzen - 1968 à 1971

Sa mission sur les essais nucléaires aériens ayant pris fin, il sentait qu'il allait partir sur d'autres missions. Les militaires voyagent beaucoup finalement.
Il avait beaucoup de "potes" à l'armée et Papa, fumeur, buvait pas mal de bières (comme tous les militaires il me semble), aimait jouer au tarot le soir. D'ailleurs c'est avec lui qu'on a appris à jouer mon frère et moi.
Maman qui était protestante réformée nous emmenait tous les dimanches au culte au temple protestant de Toul, 22 rue du Menin . Disons que papa nous accompagnait car il n'avait pas le choix, seul lui pouvait nous y emmener avec la voiture, vous vous rappelez, notre Renault 16.
Nous avions un énorme jardin dans notre maison à Bautzen, et papa aimait y passer du temps, s'occuper du potager (nous avions des fraises, des radis, des salades, des tomates et pleins d'autres légumes).


4) La Guadeloupe : 1971-1974

Mon père, militaire, était muté au SMA (service militaire adapté) de Basse Terre. Nous avions une petite maison, dans un quartier pavillonnaire entre Basse Terre et Saint Claude.
Papa était adjudant chef, il encadrait plusieurs jeunes volontaires, essentiellement des guadeloupéens, durant 12 mois. Il était responsable de chantiers de travaux.
En Guadeloupe, il avait mis en place des canalisations de la Soufrière (le volcan) jusqu'à Basse Terre et avait commencé une piste d'aviation à Terre de Bas (les Saintes).
A notre arrivée en Guadeloupe, maman s'était empressée de chercher une église protestante réformée mais elle n'en avait pas trouvé. Par contre il y avait une église évangélique à St Claude, à 2km de chez nous ( qui n'existe plus d'ailleurs, la principale église évangélique est à Basse Terre). On était obligé d'y aller en voiture car c'était la côte qui montait vers le volcan.
Là aussi, papa était donc obligé de nous accompagner, c'était le seul conducteur.
1972 allait être une année de transformation pour papa. Il prenait de plus en plus gout à y venir et écouter attentivement le pasteur Albert Waechter, aujourd'hui décédé.
En 2015, nous avions décidé de retourner en Guadeloupe pour quelques vacances, sur les traces de mes parents et retourner dans les endroits où j'y avais passé mon enfance.
quelques jours en Guadeloupe 40 ans après


5) Nancy : 1974-2013

a) un nouveau métier

De retour à Nancy, papa avait 48 ans. Il était adjudant-chef ( sous officier). Comme il a commencé très jeune, il n'allait pas tardé à prendre sa retraite militaire.
Sa reconversion était imminente et il allait travailler pendant une dizaine d'années chez Pertuy (du groupe Bouygues) en tant que magasinier. Il aimait son nouveau travail et avait une connaissance experte sur tout l'outillage qu'il gérait pour l'entreprise.
A partir de 1990, il avait toujours des réunions avec des associations d'anciens militaires et aussi des clubs d'anciens collaborateurs de Pertuy et ceci jusqu'à son départ de Nancy en 2013. Il avait 87 ans.

b) Une vie transformée

Son séjour aux Antilles l'ayant transformé, il désirait trouver une église évangélique. L'église au 50 rue Stanislas fut choisie.
On avait remarqué que papa était différent, il s'intéressait à la Bible et avait soif de l'étudier. Il voulait en comprendre son message. Nous qui l'avions connu durant notre enfance, à boire et jouer avec ses amis , la plupart militaires, nous le découvrions sous un autre aspect de sa personnalité.
Il n'a donc pas cessé durant ces 40 années à Nancy, de vouloir en découvrir plus sur ce que Dieu voulait lui dire. Il était très engagé dans l'église qu'il fréquentait. Durant ces 40 années Nancéennes, il a fréquenté 4 églises protestantes différentes. Beaucoup donc connaissent mon père et ma mère.

papa et maman à Nancy

papa et maman à Nancy


6) St Michel sur Orge: 2013 - 2018

2013, papa (87 ans), maman (92 ans) habitaient encore à Nancy. Avec des alertes santé de plus en plus fréquentes, il avait été décidé qu'ils viennent emménager en Ile de France, à proximité de leurs deux enfants, l'un habitant dans le 91 (sud de paris) et l'autre dans le 92(nord de Paris).
Ce changement n'a pas été simple, car ils devaient quitter leurs amis et connaissances de Nancy, après 40 années de vie paisible.
Entre 2015 et 2017, papa a eu deux AVC et ne s'en ai jamais totalement remis.
2018 fut une année difficile pour lui, et pour Yvette son épouse (ma mère) car il perdait ses repères et pouvait jeter le trouble autour de lui. Le corps médical qui le suivait avait donc conseillé fortement de lui proposer une maison de retraite médicalisée.


7) La maison de retraite à St Vrain

Papa est entré dans la maison de retraite de St Vrain le 15 septembre 2018. Il se sent bien d'autant qu'Yvette l'a rejoint le 15 janvier 2019.
Il chante à la chorale tous les vendredis et il chante bien. Disons que durant 90 ans il n'a jamais chanté et depuis on lui découvre des grands talents de chanteur.
Il a désormais 95 ans. Sa chambre est dans un endroit sécurisé.
Le personnel de la maison s'occupe très bien de lui et il n'a pas de problème majeur de santé.
En 2020, durant la crise sanitaire, les visites étaient limitées et contrôlées. Contrairement à maman qui peut répondre au téléphone, lui n'en a pas la capacité et donc il n'est pas possible de le joindre.

papa et maman à St Vrain en 2020

papa et maman à St Vrain en 2020

petite vidéo où papa et maman vous souhaitent une bonne année

Publié dans famille,couple

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