Politique monétaire non conventionnelle

Publié le par TT

Pour un maintien de l'économie d'une manière artificielle, la Banque centrale (BCE en Europe ou FED aux Etats-Unis) applique depuis la crise de 2008-2009, une politique monétaire non conventionnelle. On parle de "quantitative easing (assouplissement quantitatif).
En injectant des liquidités et/ou en réduisant les taux d’intérêt, les banques centrales peuvent contribuer significativement à rétablir la confiance des investisseurs et à éviter que la crise financière affecte l’économie réelle via, d’une part, une baisse de la consommation des ménages dont la richesse s’est réduite avec l’effondrement des cours boursiers et, d’autre part, une restriction des sources  de financement d es entreprises.

Sommaire:

1- Le rôle de la Banque Centrale : maintenir une inflation autour de 1.5%
2- 2011, un nouveau levier : le quantitative easing
3- Avant la crise de 2008
4- La crise de 2008
5- Historique des taux directeurs de la BCE (Banque centrale Européenne )
6 - Covid 19 : le programme de rachat des titres de la BCE


1) Le rôle de la banque centrale : maintenir une inflation autour de 1.5%

La BCE( Banque Centrale Européenne) est une institution européenne qui veille notamment à garantir une inflation stable d’environ 1.5%, c’est-à-dire, une augmentation constante des prix d’environ 1.5% qu’elle considère comme le signe d’un bon fonctionnement de l’économie.
Ces deux dernières décennies,  l’inflation était proche de 0%. La BCE veut donc faire augmenter les prix. Pour cela, la BCE peut augmenter la quantité de monnaie  en circulation dans notre économie car plus il y a de monnaies, plus il y a de demandes de biens ou de services, et donc plus les prix augmentent.
Les prêts accordés par les banques constituent un moyen d’injecter de la monnaie dans notre économie. En effet, lorsqu’une banque commerciale accorde un prêt à un particulier ou à une entreprise, elle crée de la monnaie qu’elle n’a pas grâce à une simple écriture comptable. Cette monnaie circule ensuite dans notre économie.

 

De 1991 à 2000, 1.7% d'inflation en moyenne.
De 2001 à 2008, 2% d'inflation en moyenne.
De 2009 à 2019, 1.1% d'inflation en moyenne

Aujourd’hui la BCE souhaite inciter les banques à prêter et les particuliers et les entreprises à emprunter, pour relancer l’activité économique. Pour cela elle a baissé au maximum son taux directeur qui est celui auquel elle prête de l’argent aux banques afin de maintenir des taux d’intérêts faibles sur le long terme.
En 2020, le taux d'inflation a été de 0.5%.


2) Dès 2011, un nouveau levier : le quantitative easing

a) Qu'est ce que le quantitative easing ?

Moins les banques empruntent cher, plus elles peuvent prêter facilement. En 2010, malgré un taux directeur de 1%, le crédit ne reprenait pas. La BCE, dès 2011 a utilisé donc un nouveau levier appelé « quantitative easing ». Il consiste à augmenter les liquidités des banques en rachetant à des conditions avantageuses leurs obligations d’état.
Si les banques utilisent cet apport de liquidité pour prêter de l’argent aux entreprises et aux particuliers, la reprise de l’emprunt devrait faire augmenter mécaniquement l'’inflation.
A moyen terme, le maintien des taux d’intérêt à un faible niveau conjugué à une augmentation des prix devrait inciter les entreprises et les particuliers à emprunter.
Il est souvent très avantageux d’emprunter dans une situation d’inflation car le taux d’intérêt réellement payé qu’on appelle taux d’intérêt réel correspond à la différence entre le taux d’intérêt et le taux d’inflation.
Avec le quantitative easing, la BCE espérait retrouver une inflation proche de 1.5% en entrainant la reprise du crédit donc de l’investissement et de la croissance. Néanmoins il faut que les banques utilisent ces liquidités pour favoriser le crédit et que tous les agents économiques reprennent confiance.

b) Chronologie du quantitative easing

Au milieu des années 2010, alors que le risque de déflation menaçait le continent, la Banque centrale européenne décidait de mettre en œuvre une politique dite «non conventionnelle» – le quantitative easing – qui consiste à racheter massivement, sur le marché secondaire, des titres de dette souveraine des pays de la zone euro. Autrement dit, la BCE n’achète pas les titres au moment de leur émission par les Etats – ce que les traités de l’Union lui interdisent – mais sur le marché d'«occasion», c’est-à-dire à des banques commerciales quand elles revendent ces titres dans un second temps.
Cette pratique, toujours utilisée, revient à réinjecter de la monnaie dans l’économie européenne – de 15 à 20 milliards par mois selon les périodes –, afin de faire repartir l’inflation et de stimuler l’économie.
Ce programme a concerné, au total, 417 milliards d’euros d’obligations de l’Etat français et d’agences publiques françaises. Soit 18% des quelques 2 300 milliards de dette publique française.
Ce n’est pas la banque centrale européenne en tant que telle qui achète et détient ces titres, mais la Banque de France. Cette dernière constitue avec la BCE, et les banques centrales des autres pays de la zone euro, ce que l’on appelle l’Eurosystème, la Banque de France détenant 20% du capital de la BCE. Et c’est bien dans le bilan de la Banque de France que sont logés ces titres.
Par ailleurs, une (grosse) partie des bénéfices réalisés par la Banque de France sont ensuite eux-mêmes reversés… à l’Etat français. En 2018, la Banque de France a ainsi rétrocédé 5,6 milliards d’euros à l’Etat, sur ses 7 milliards de «résultat ordinaire».
Cette politique a permis de faire chuter les taux d’emprunt pour l’Etat français (comme pour la plupart des autres pays européens). En effet, racheter massivement des obligations souveraines a conduit, grâce au principe de l’offre et de la demande, à faire baisser la pression sur les taux d’intérêt. Et donc à faire baisser de manière significative le coût de la dette pour la France.


Le quantitative easing différent de la planche à billets.


3) Avant la crise de 2008

La BCE menait une politique monétaire conventionnelle qui repose sur le taux directeur, c’est-à-dire sur le taux d’intérêt que la BCE applique aux prêts octroyés aux banques commerciales qui le répercutent directement sur les crédits qu’elles nous proposaient.
C’est le prix de l’argent.
Elle augmentait son taux directeur pour modérer une économie qui s’emballe et éviter l’inflation et elle le diminuait pour réveiller une économie au ralenti . Qu’il soit haut ou bas, l’objectif était d’avoir une certaine stabilité des prix, un taux de chômage faible, une activité économique dynamique.

La BCE impose à toutes les banques commerciales de « déposer » sur leur compte  auprès de leur banque centrale nationale un pourcentage des crédits qu’elles accordent. Si le taux des réserves obligatoires est de 1 %, cela signifie que si une banque accorde un crédit de 1000 €, elle doit déposer 10 € à la banque centrale nationale.
Plus le taux des réserves obligatoires est faible, plus les banques pourront accorder des crédits. Si la BCE décidait de baisser ce taux à 0,5 %, lorsqu’une banque prête 1 000 €, elle ne devrait plus déposer que 5 € à la banque centrale nationale au lieu des 10 € précédemment.
Inversement, si la BCE augmente ce taux à 2 %, les banques pourront accorder moins de prêts car pour 1 000 € prêtés, 20 € au lieu de 10 € précédemment devront être déposés à la banque centrale nationale et seront donc « gelés ». Cet instrument est aujourd’hui peu utilisé par la BCE. La seule modification du taux des réserves obligatoires remonte au 18 janvier 2012, où il est passé de 2 % à 1 %, niveau qui était en vigueur lors de la création de la BCE en 1999.
politique monétaire conventionnelle , en savoir plus.


4) La crise de 2008

a) Perte de confiance entre les banques, les taux d'intérêts s'emballent

La faillite d’une grande banque américaine, Lehman Brothers, avait provoqué une vraie crise de confiance entre les banques. Les banques qui avaient prêté de l’argent à cette banque en faillite s’inquiétaient de ne pas récupérer leurs fonds et effet boule de neiges les banques qui avaient prêté aux premières s’inquiétaient aussi.
Sur les marchés financiers, les investisseurs reculaient et demandaient des taux d’intérêt de plus en plus élevés en contrepartie de leurs investissements.

b) La BCE réagit en baissant son taux directeur

Pour éviter la faillite de nombreuses banques et contrer la crise économique, la banque centrale avait baissé son taux directeur de façon successive jusqu'à être proche de 0%, mais rien n’y a fait.
Les taux d’intérêts à long terme restaient toujours élevés.

c) C'est le début des mesures non conventionnelles

La banque centrale allait donc imaginer des mesures non conventionnelles.
Le taux directeur de la banque centrale restera proche de 0% le temps qu’il faut, pour permettre aux investisseurs d’anticiper l’avenir plus sereinement. Ils allaient réduire  alors les taux d’intérets à long terme.
Plus, les banques centrales interviennent directement auprès des banques commerciales et sur les marchés financiers. Les banques commerciales ne se prêtent plus d’argent, l’activité de crédit est tétanisée.
La banque centrale donne aux banques commerciale un accès illimité aux liquidités sous forme de prêt à long terme. Les banques respirent.
Financer les ménages et les entreprises devient moins risqué, du coup les taux d’intérêts à long terme des banques diminuent et les ménages et les entreprises peuvent de nouveau assumer des crédits et financer leurs activités.
Les investisseurs n’osent toujours pas investir sur les marchés ? les ménages n’osent toujours pas emprunter ? les taux d’intérêts sont encore trop haut ? la banque centrale réalise des achats massifs et répétés de titres sur les marchés secondaires, des marchés ou s’achètent et se vendent des titres déjà émis et que leurs détenteurs souhaitent revendre.
Offre et demande s’ajustent avec des taux d’intérêts plus bas. Cette baisse se diffuse sur l’ensemble des taux d’intérêts. Les acteurs économiques retrouvent des ressources financières meilleur marché auprès des investisseurs habituels ;

d) L'actif des banques centrales a augmenté et le passif des banques commerciales aussi.

Avec ces mesures non conventionnelles, les banques centrales ont augmenté significativement le nombre de titres qu’elles détiennent .
Les banques centrales ont été amenées à augmenter massivement leurs bilans, la Fed multipliant le sien par 5 entre 2008 et 2016 (+ 20 % annualisés), et la BCE par 3,5 entre 2008 et 2018.
Elles ont mis en œuvre beaucoup d’outils pour abaisser le cout de l’argent à long terme qui sert à financer les ménages et les entreprises.
Mais la santé de notre économie dépend aussi de l’action des autres régulateurs

Augmentation du bilan de la banque centrale, drogue ou médicament ?


5) Historique des taux directeurs de la BCE ( Banque Centrale Européenne)

 

années taux BCE taux inflation années taux BCE taux inflation
2006 2.25%   2013 0.50% 0.9%
2007 3.75%   2014 0.25% 0.5%
2008 4.25% 2.8% 2015 0.05% 0%
2009 2.50% 0.1% 2016 0% 0.2%
2010 1% 1.5% 2017 0% 1%
2011 1.25% 2.1% 2018 0% 1.8%
2012 1% 2% 2019 0% 1.1%

 

 

 

 

La BCE avait fixé son taux directeur à 0% dès 2016 car elle voulait favoriser les crédits et donc relancer les investissements. Elle fait toujours du quantitative easing. Elle n'a pas augmenté le taux car il n'y avait aucun risque d’inflation, le taux d'inflation se situant entre 1% et 2%. (la demande reste toujours à un niveau assez faible)
En 2020, la BCE a décidé de conserver son taux directeur à 0%. Celà permet aux banques commerciales de faire des prêts aux entreprises à des taux très intéressants, comme le suggère l'Etat pour aider les entreprises en difficultés. Pour les particuliers, les taux d'emprunts immobiliers n'arrêtent pas de baisser.
L'Etat lui aussi emprunte avec des taux avoisinant les 0%. Ce qui va encore contribuer à augmenter significativement la dette de la France.
L'Etat français a injecté de l'argent dans l'économie pour maintenir une croissance artificielle, cet argent provient du quantitative easing effectué par la BCE en rachetant à l'état des obligations ( 1er semestre 2020, ce rachat s'était fait pour 750 milliards d'euros) . Voir chapitre suivant.  

L’objectif de toutes ces mesures est d’inciter les banques à faire circuler l’argent dans l’économie, pour faire repartir le crédit, les prix, et la croissance.

Dettes publiques et quantitative easing


6) Covid-19: le programme de rachat de titres de la BCE

appelé Pandemic emergency purchasing program (PEPP)

Pour lutter contre les effets de la Covid-19, la BCE a décidé de lancer une nouvelle politique monétaire "non conventionnelle" en mettant en place un nouveau programme temporaire d'achats de titre d'urgence (PEPP).
=> 18 mars 2020 : 750 milliards d'Euros.
=> 4 juin 2020 : + 600 milliards d'Euros
=> 10 décembre 2020 : + 500 milliards d'Euros
Ce programme est prévu de s'arrêter à fin mars 2022.
Depuis la mise en place en mars 2020 du PEPP, le montant de titres financiers détenus par l’Eurosystème dans son ensemble a augmenté de 35 %. Ils représentaient début 2021 environ 3 900 milliards d’euros. Dans le même temps, les comptes courants des établissements de crédit passaient de 1 884 à 3 489 milliards d’euros, soit une augmentation de 85 %.
Pour en savoir plus.

Récapitulatif du plan de relance européen :
=> PEPP : 1800 milliards d'Euros
=> Budget européen : + 750 milliards d'Euros ( dont 39 mds pour la France)
=> Plan d'urgence SURE : 500 milliards d'Euros

France inflation.com

tags: politique monétaire, quantitative easing, banque centrale européenne


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Publié dans finance

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