Coronavirus, récession ? ou décroissance à programmer ?

Publié le par TT

Et si le coronavirus, c'était l'occasion de revenir à de vraies valeurs, partage, empathie, amour des autres, solidarité et entraide, achats de proximité, un ralentissement de rythme. Une décroissance. Depuis des décennies, on nous parle de croissance, d'augmentation du PIB, ou IDH. Si ces indicateurs ne sont pas à la hausse, c'est du chômage garanti, des salaires qui diminuent, une qualité de vie qui s'amenuise. Des peurs qui n'affolent d'ailleurs que les pays à fort PIB (les pays riches et leurs populations).
Et si la crise sanitaire que nous traversons pouvait nous faire penser à un modèle économique alternatif ?

Une planète qui tousse

 

 

et donc avant de tenter de trouver ce modèle économique alternatif, je vais tenter de rassembler quelques données qui peuvent étayer mon propos.
La pandémie mondiale qui secoue notre planète, au delà des conséquences dévastatrices sur la mortalité et sur l'économie, apporte un effet salvateur sur l'environnement avec beaucoup moins d'émissions de CO2 et une planète qui respire à nouveau.

 

 

Sommaire:

1- La croissance
2- Statistiques sur la croissance mondiale
3- La récession de 2020
    a- Les conséquences d'une récession
    b- Mars 2020: l'Etat français injecte 110 Mds d'Euros
    c- Diminution de la consommation des ménages
4- Le coronavirus et conséquences sur l'économie et notre consommation
5- La logique de ceux qui prônent la décroissance
6- Un seul candidat à la présidence propose la décroissance
7- La décroissance en actions
8- En conclusion
tags: décroissance,coronavirus, récession


1) La croissance

Tous les pays partagent le même objectif : produire chaque année plus de richesses que l'année précédente pour avoir ce que l'on appelle de la croissance.
Pourquoi vouloir produire toujours d'avantage ?
Car il est généralement admis que plus un pays a de richesses à partager plus il peut augmenter le niveau de vie de ses habitants.
D'ailleurs le PIB(produit intérieur brut) est l'indicateur phare qui mesure la bonne santé d'une économie d'un pays. Si ce PIB augmente, le pays est en croissance.
Un des articles de mon blog "Le PIB ou la croissance à tout prix" décrit les deux méthodes de calcul pour déterminer le PIB. On retiendra l'approche par la demande  qui cumule investissements, consommation des ménages, dépenses publiques et balance commerciale.

Pourquoi vouloir produire toujours d'avantage ?

Durant ces 2 dernières décennies, la croissance des pays européens a toujours été très faible. Et pour cause. Une limitation des dépenses publiques à moins de 3%,  des investissements minimum des entreprises, celles ci privilégiant le versement de dividendes aux actionnaires et même une dette publique qui ne peut pas dépasser 60% du PIB ( même si celle ci a explosé durant ces 2 dernières années de pandémie). Lire "la dette publique en France"
Ne reste donc, comme levier du PIB et de la croissance, que la consommation des ménages. Si les ménages venaient à épargner plutôt que consommer, ce qui est toujours arrivé lors de grandes crises, le pays serait en récession, avec une croissance négative.
En 2019, le PIB de la France s'élevait à 2437 Mds d'euros qui se répartissait de la manière suivante:
=> Consommation des ménages (hors intervention de l'état): 52%
=> Dépenses publiques indirectes : 17 % (prestations sociales , subventions) qui se transforment in fine en consommation des ménages
=> Dépenses publiques directes : 8 %       
=> Investissements : 23%
=> Balance commerciale : -0.4%


2) Statistiques sur la croissance mondiale

En 2018, la croissance mondiale était de 3%. Un taux qui s'est stabilisé depuis 2010, juste après la récession de 2009.
Ci dessous, quelques pays "clés" de la planète, triés sur leur taux de croissance de 2018.

  2015 2016 2017 2018 2019
Chine 6.9% 6.7% 6.7% 6.6% 6.1 %
Niger 4.3% 4.9% 4.9% 6.5% 5.8 %
Maroc 4.5% 1.1% 4.2% 3.0% 2.3%
Etats Unis 2.9% 1.6% 2.2% 2.9% 2.3%
Corée du sud 2.8% 2.9% 3.0% 2.7% 2.0%
Arabie saoudite 4.1% 1.7% -0.7% 2.4% 0.3%
Espagne 3.8% 3.0% 2.9% 2.3% 2.0%
Russie -2.3% 0.3% 1.6% 2.2% 1.3%
Europe 2.3% 2.0% 2.6% 2.0% 1.5%
France 1.1% 1.1% 2.2% 1.7% 1.5%
Allemagne 1.7% 2.2% 2.5% 1.5% 0.6%
Belgique 2.0% 1.5% 2.0% 1.5% 1.4%
Royaume Uni 2.4% 1.9% 1.9% 1.4% 1.4%
Brésil -3.5% -3.3% 1.1% 1.1% 1.1%
Italie 0.8% 1.2% 1.7% 0.8% 0.3%
Afrique du sud 1.2% 0.4% 1.4% 0.8% 0.2%
Japon 1.2% 0.6% 1.9% 0.8% 0.7%

La Chine a eu des taux de croissance à deux chiffres entre 2003 et 2010.
Le Niger fait partie des pays d'Afrique où la croissance ne cesse d'augmenter, grâce aux secteurs agricoles et pétroliers. Paradoxalement, il fait partie des pays en forte croissance fait toujours partie des pays les plus pauvres de la planète.
Le Brésil, la Russie, l'Arabie Saoudite ont subi des périodes de récession.

Pour entrer "officiellement" en récession un pays doit afficher au moins deux trimestres consécutifs de PIB en baisse. En d'autres termes, un pays produit moins de richesse qu'auparavant.
2 pays de la planète sont en récession chronique depuis plus de 4 années : le Vénézuela et le Yemen.


3) La récession de 2020

a) Les conséquences d'une récession

Dans une « société de croissance », l'absence de croissance ou pire encore une croissance négative ne peut être qu'une catastrophe. On sait que le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi en raison du chômage et de l'abandon des programmes sociaux, culturels et environnementaux qui assurent un minimum de qualité de vie. On peut imaginer quelle catastrophe serait un taux de croissance négatif! Il n'y a rien de pire qu'une société de croissance sans croissance. Nous en faisons tous l'expérience avec la crise que nous vivons.
Une situation qui résulte bien souvent du comportement des agents économiques. Les ménages, les entreprises ou les collectivités diminuent leur consommation ou leurs investissements. Plus personne ne souhaite prendre de risque sur l'avenir. Les biens durables comme l'automobile mais aussi l'immobilier sont les premiers touchés.
Or en réduisant leurs interventions dans l'économie, les ménages et les entreprises provoquent une baisse générale d'activité. Si ce n'est qu'avec une consommation en berne et des carnets de commandes qui fondent, les entreprises touchées réagissent et adaptent leurs coûts en mettant en place des plans sociaux. En d'autres termes, la récession est synonyme de plus de chômage. La litanie des plans sociaux en est une traduction cinglante.
C'est la raison pour laquelle nos sociétés et leurs modèles économiques nous imposent à consommer plus , bien souvent plus que nécessaire. Voir "consommer, toujours plus ? "

b) Avril 2020 : l'état français a injecté 110 milliards d'euros

Après avoir annoncé injecter 45 mds d'Euros en mars 2020, Bruno Lemaire annonçait le 9 avril 2020 vouloir injecter 110 milliards d'euros (4.2% du PIB). Cet argent ne vient ni plus ni moins du programme de rachat des titres de la BCE (PEPP ) .
Le ministre des finances annonçait une récession de 5% sur l'année 2020 car il estimait que les ménages allaient décaler leurs consommations dans le temps. En espérant que la pandémie sera solutionnée en été. La récession a été finalement de 9 % en France en 2020.
Ces 110 mds d'euros c'est essentiellement la compensation du chômage partiel versée aux salariés du privé et du public, les soutiens financiers aux grosses entreprises françaises (Air France, Renault par exemple), une prime pour les soignants.
Le gouvernement s'attache à indemniser les travailleurs, des consommateurs en puissance, pour relancer la consommation après la crise.
Bruno Lemaire avait estimé qu'un mois de confinement c'était 3 points du PIB (70 Mds d'euros). La récession de 5 % table donc sur une période de confinement de 2 mois maximum avec une reprise lente.

c) Diminution de la consommation des ménages

La consommation des ménages représente à elle seule 58% du PIB. Durant la crise du coronavirus, quelques secteurs de dépenses sont à l'arrêt : le transport (10%), les loisirs et la culture (6%), habillement et chaussures(3%), équipement du logement(4%), hôtel café restaurants (5%) , autres biens et services (5.5%) . C'est 35 % de 58 % = 20% du PIB qui est atteint. Détail de la répartition
Si on le ramène au mois celà fait 1.7% du PIB .
Et donc plus la durée du confinement est longue et plus le PIB va baisser à moins que l'envie de consommer reprenne au plus fort après la fin du confinement. C'est ce que l'Etat désire en subventionnant les ménages et les entreprises ( surtout les PME pour éviter qu'elles déposent le bilan) .


4) Le coronavirus et ses conséquences sur l'économie et nos habitudes de consommation

a) Beaucoup de secteurs d'activité touchés

Cette crise touche pratiquement tous les secteurs de notre économie. Le tourisme, l'hôtellerie-restauration, le transport aérien, l'événementiel, le luxe, les vins et spiritueux à cause d'un marché à l'exportation au point mort, l'automobile même si l'achat d'une automobile peut être une consommation reportée.
Plusieurs sites de production ont été stoppés. L'activité était au ralenti.
Là aussi, si la période de confinement s'allonge, la non production ne pourra pas être nécessairement rattrapée même si la consommation viendrait à reprendre avec une demande qui sera peut être beaucoup plus importante que l'offre.

b) Une consommation réduite

Durant cette période de confinement, seuls les magasins d'alimentation étaient ouverts. Nous ne consommons donc essentiellement que de l'alimentaire. Bien sur, nous sommes toujours prélevés des loyers ou prêts immobiliers, de nos consommations de gaz, d'électricité et de téléphone,de nos contrats d'assurance et même de nos impôts (prélèvement à la source). Si on évalue un salaire médian de 1800 €, ces charges incompressibles seraient de 80%. Les 20 % restants, généralement consacrés à l'essence, au transport, aux loisirs aux vacances, au coiffeur et j'en passe peuvent être des consommations décalées dans le temps ou carrément supprimées. 

c) Les plus pauvres restent les plus exposés

La France compte 4,9 millions de pauvres au seuil à 50 % du revenu médian et 8,5 millions à celui de 60 %, selon les données 2013 de l’Insee.
Le versement des prestations sociales et des subventions sont primordiales pour cette population qui représente plus de 14% de la population française. Précarité et pauvreté en chiffres et l'extrême pauvreté
Le Secours populaire, les restos du coeurs , le secours catholique, l'armée du salut, toutes ces associations doivent fonctionner durant cette période pandémique pour assurer une vie décente à cette partie de la population. A cause du confinement et des règles de barrière , ce n'est pas toujours possible.
Une partie de nos dépenses non faites peuvent être un don à une association.
Soutenir une association caritative


5) La logique de ceux qui prônent la décroissance:

a) Anticiper les pénuries

Plus on produit, plus on pollue et plus on épuise les ressources naturelles, pétrole, gaz, charbon sable, eau. Comme ces ressources ne sont pas illimitées et que la population mondiale ne cesse de croitre, nous serons inévitablement confrontés à d'importantes pénuries ce qui risque d'engendrer de graves crises économiques, environnementales et géopolitiques voire même l'extinction de l'espèce humaine.
C'est pour anticiper ces crises que les partisans de la décroissance proposent de réduire progressivement la production mondiale.

 

Il est inenvisageable de demander aux pays en développement de stopper leur croissance alors que leurs populations ne peuvent pas répondre à leurs besoins les plus essentiels et qu'elles consomment beaucoup moins de ressources naturelles que les pays développés.
C'est pourquoi c'est aux pays développés de réduire leurs productions.
Pour que la production baisse, il faut que la consommation diminue.
Le "jour du dépassement" était fixé le 29 juillet en 2019 . Nous consommons plus que ce que la planète peut nous donner ( 1.5 fois de plus) . En France , le jour du dépassement était le 5 mai . Plus sur "Jour de dépassement"

b) Diminuer les émissions de CO2 dans l'atmosphère

L'économie ne fait pas bon ménage avec l'écologie. Des objectifs draconiens ont été établis pour une neutralité carbone avant 2050 pour chacun des pays de la planète. Pour atteindre une neutralité carbone, il faudra trouver des alternatives de production , ou alors produire moins et donc consommer moins.

Emission de CO2 à notre niveau
Les émissions de gaz à effet de serre s’élèvent en France à 11,9 tonnes de CO2 par personne par an. ( 33kg par jour)

La décroissance , un résumé en dessins

c) La décroissance : définition

Une société de la décroissance est une organisation dans laquelle la place centrale du travail dans notre vie est remise en question, où les relations sociales priment sur la production et la consommation de produits jetables et inutiles, voire nuisibles, où la vie contemplative et l'activité désintéressée et ludique trouvent leur place. » Le passage à une telle société suppose « une réduction féroce du travail imposée pour assurer à tous un emploi satisfaisant et permettre un rééquilibrage des temps de vie ». C'est l'opposé du travailler plus pour gagner plus de Sarkozy. Pour enclencher le cercle vertueux qui permettra d'obtenir cette décroissance soutenable et conviviale, il faudrait poursuivre six objectifs interdépendants, réaliser « un programme en six R : Réévaluer, Restructurer, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler. »


6) Un seul candidat propose la décroissance

Delphine Batho

Le plan de la Commission européenne cherche à concilier la croissance économique, qui veut dire une augmentation de la consommation d’énergie avec la lutte contre le réchauffement climatique, c’est incompatible", explique Delphine Batho, députée, ancienne ministre de l’Ecologie et candidate à la primaire de l’ensemble des écologistes

Le principal obstacle à l'action pour le climat est l'augmentation de la croissance. Les français savent que la croissance ne font pas automatiquement le bonheur, et souvent synonyme d'explosions des inégalités. Toutes les décisions politiques doivent être prises en fonction d'un équilibre entre les nécessités humaines et la nécessité de la préservation du vivant , c'est le concept de la décroissance. Et les français la pratiquent déjà. Les brocantes, le bon coin avec tous les articles d'occasion, le bénévolat, les circuits courts, le made in France,
La décroissance n'est pas la récession. La décroissance, c'est plus d'emplois, plus de bien être, plus d'éducation, plus de cultures

Génération écologie, son orientation politique

Génération écologie , les orientations


7) La décroissance en actions

a) Moins c'est mieux

Un film de 52 mn qui met en avant des acteurs qui prônent pour une certaine décroissance. Intéressant.


*Moins C'est Mieux* par odjag

b) Mes actions concrètes pour participer à cette décroissance

Diminuer mon empreinte carbone est une de mes priorités. Plusieurs pistes ont déjà été initiées et vous les retrouverez sur l'article suivant : " diminuer mon empreinte carbone"
Et nécessairement la diminution de son empreinte carbone c'est participer à la décroissance ou indirectement apprendre à consommer moins mais mieux.
Bien que pour les chrétiens, la préservation de la planète ne soit pas une priorité, j'estime que nous devons respecter la création de Dieu. Et dans ce sens, nous devons donner l'exemple. Rien que de ne pas consommer plus de ce que la planète nous donne ( jour du dépassement) c'est accepter de recevoir ce que nous propose la nature, dans ses limites.
 


8) En conclusion

La croissance économique n’est pas compatible avec la durabilité environnementale. En ce moment, l’effort pour faire monter le taux de croissance économique dans les pays de l’OCDE (en se montrant intransigeant sur l’obligation de rembourser les dettes financières) est en conflit direct avec la quantité de ressources épuisables .
Au lieu d’être obsédés par la croissance qui seule permettrait le remboursement de la dette financière contractée et nous apporterait le bien-être à tous, nous devrions agir, dans les pays riches, de façon à ne pas augmenter la lourde dette écologique que nous avons accumulée. À cause de cela, une décroissance économique modérée (impliquant un métabolisme social moins important) est un objectif plausible pour les riches économies industrielles.
Il y a d’énormes iniquités dans le monde entre le Nord et le Sud, mais aussi à l’intérieur du Nord et à l’intérieur du Sud. Certaines personnes consomment 250 gigajoules d’énergie par an, la plupart en pétrole et gaz, d’autres s’en sortent avec moins de 10 gigajoules d’énergie dans le calcul desquelles entrent l’énergie que leur apporte leur nourriture ainsi que celle du bois ou de la bouse séchée qu’ils utilisent pour cuisiner cette nourriture.
Les vues optimistes concernant la modernisation écologique, la «dématérialisation» absolue de l’économie et les moments de descente de la courbe environnementale de Kuznets sont confrontées à la réalité d’inputs plus importants d’énergie et de matériaux dans l’économie du monde, des inputs qui augmentent la production de déchets (y compris de CO2) ainsi que les coûts environnementaux.

Justice environnementale et décroissance économique


La décroissance reste encore un concept à ne pas proposer

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Mes publications

tags: décroissance,coronavirus, récession

Publié dans Econ-polit-social

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